IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

23 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA En tant que maître-assistante 39 , Maria Ţenchea échappe à cette réorientation professionnelle qui lui aurait imposé un nouveau départ didactique, avec reconsidération tant de l’objet d’étude que des méthodes à pratiquer. En revanche, elle est amenée à élargir l’éventail des disciplines enseignées aux étudiants en français et à préparer de nouveaux cours. Aussi conçoit-elle son introduction au latin, avec minutie et surtout avec intelligence : forte de son expérience acquise en enseignant l’histoire de la langue française, elle envisage le cours de latin placé en début de cycle comme un tremplin facilitant la compréhension des aspects essentiels liés à la naissance et à l’évolution du français. Et comme, parmi ses auditeurs, il y a plus de littéraires que de linguistes, elle a ses petites astuces – quelques incursions dans l’histoire et dans la culture, de temps en temps, diapos à l’appui – pour maintenir éveillée l’attention de chacun. D’ailleurs, si sa rigueur lui fait gagner le respect de ses étudiants, son don pour la communication lui attire leur confiance. Cette affinité est réciproque. De tous les contacts qu’elle peut avoir, elle préfère les entretiens avec ses disciples : sans obligations autres que celle de se former, les étudiants se laissent entraîner facilement dans des discussions sur la grammaire, sur les finesses et les pièges de la langue française, sur les anecdotes culturelles ; ils sont curieux de découvrir les livres qu’elle leur recommande et l’écoutent avec admiration. Ce sont des jeunes qui partagent ses préoccupations savantes plus que ne le font ses propres collègues 40 . Partant, elle est toujours bénévole pour accompagner ses étudiants dans les colloques consacrés aux jeunes chercheurs, lorsque ces rencontres sont organisées dans les autres centres universitaires. Elle donne aux novices ses derniers conseils avant la présentation orale, elle les encourage, elle assiste à leur exposé. Et une fois les travaux terminés, elle prend le temps de discuter avec chacun, pour lui remonter le moral, pour relever les qualités de son intervention et surtout pour corriger ses fautes de langue. Toute occasion est bonne pour apprendre. Et madame Ţenchea ne plaisante pas quand il s’agit de la grammaire ou de la prononciation du français ! Ces visites dans les Facultés des Lettres du pays sont pour elle autant d’occasions de maintenir le contact avec ses collègues, de s’informer sur leurs derniers travaux, 39 En 1981, la Chaire de français de la Faculté des Lettres de Timişoara comptait deux maîtres de conférences, sept maîtres-assistants et huit assistants. Ce sont ces derniers qui ressentent les effets professionnels néfastes de cette politique. 40 Cela vient de la façon dont l’enseignement du français est prévu dans le curriculum national : chaque centre universitaire doit fournir un savoir complet, panoramique, de tous les domaines de la langue – phonétique, lexicologie, sémantique, morphologie, syntaxe – et de toutes les époques en histoire de la littérature. Chaque enseignant se spécialise en fonction de l’organisation de la chaire à laquelle il appartient et des nécessités didactiques de plus ou moins longue durée. Ensemble, ils couvrent bien la mosaïque des informations à transmettre, sans développer des intérêts scientifiques communs, sans former de vraies équipes de recherche.

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=