IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
25 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA 1990-1999. Les événements historiques de décembre 1989 provoquent des bouleversements amples dans la société et dans le destin des individus. La chute du régime totalitaire entraîne la disparition de ses structures, la désorganisation de l’activité humaine et cause un sentiment généralisé de désorientation. 1990 commence par la remise en question des assises de toute institution, y compris de celles des universités. L’ancienne direction est destituée. À la tête des facultés sont propulsées des figures choisies parmi les intellectuels révolutionnaires. De nouvelles équipes de décision, intérimaires, s’installent à tous les échelons. L’enseignement supérieur national est décentralisé ; les universités ont la liberté de diversifier leurs offres de formation et d’individualiser leurs programmes d’études dès la rentrée 1990. Le nouveau doyen 42 de la Faculté des Lettres de Timişoara propose à Maria Ţenchea de concevoir et de rédiger ces programmes pour les spécialisations en langues étrangères. Après vingt ans d’expérience dans le calcul des charges didactiques fondées sur les programmes élaborés par le Ministère de l’Enseignement, elle doit avoir assimilé les principes qui soutiennent cette architecture de disciplines participant à la formation des futurs spécialistes, ainsi que la logique de la distribution des heures allouées aux diverses matières. Jamais elle n’avait refusé de mission jusque-là. D’abord pour rendre service, mais aussi pour faire avancer les choses dans une direction favorable à son institution, dans l’espace de manœuvre que les esprits fins pouvaient identifier entre les directives, les dispositions, les ordres venus d’en haut. Ensuite, parce qu’elle avait le savoir-faire nécessaire, alors qu’on cherchait « quelqu’un » de compétent, capable de trouver les bonnes solutions. De peur aussi de blesser la sensibilité de ses supérieurs hiérarchiques. Maintenant, elle n’a plus besoin de baisser la tête, de tout accepter, juste pour se faire pardonner la faute d’être née dans une famille d’intellectuels (ce que l’ancien régime qualifiait d’« origine sociale malsaine » était une entrave dans la carrière universitaire). Elle n’a plus de raison d’accepter avec le sourire les charges qui lui avaient coûté son temps, son repos et parfois même sa santé. Qui plus est, elle ne fait partie ni du Conseil de la Faculté, ni du groupe de responsables à la tête de l’institution 43 . Prendre sur soi la conception du programme qui dirigerait toute l’activité didactique dans la Faculté des Lettres serait non seulement ébranler l’autorité de la direction, mais aussi assumer la responsabilité de former des générations de spécialistes en langues, tout en essayant de satisfaire les attentes professionnelles de ses collègues. 42 Ivan Evseev (1937-2008), professeur à la Chaire de langue et littérature slaves de la Faculté, sémanticien et sémioticien, auteur d’ouvrages scientifiques et lexicographiques, participant aux événements de Timişoara, présent dans le balcon de l’Opéra les 21 et 22 décembre 1989. 43 Elle est, en revanche, membre du Sénat de l’Université entre 1990 et 1996, puis entre 2004 et 2009.
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