IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
30 Ţenchea sont relativement modestes : pour faire paraître son volume Etica tragică sau despre nebunia colectivă 56 , il a besoin de fournir à l’éditeur la variante française de son résumé – une dizaine de pages. Elle s’en charge et s’acquitte de la tâche sur le champ. Le succès de cette association intellectuelle mènera à la réalisation du volume bilingue Dialoguri despre fiinţă – Dialogues sur l’ être 57 , dont Maria Ţenchea donnera la version française. Si les auteurs traduits sont tous contemporains et – de préférence – locaux, c’est parce que Maria Ţenchea a développé sa propre technique de travail : elle porte d’abord une discussion avec le « commanditaire » de la traduction, s’enquiert de sa personnalité, de l’origine idéique du texte, de sa destination finale. Ensuite, elle se met au travail devant son ordinateur (ses doigts courent sur le clavier comme autrefois sur les touches de son piano), donne une première version française, qu’elle lit et relit, parfois à haute voix, pour affiner sa forme et ses tournures. Elle sélectionne en couleur les passages de texte dont elle n’est pas totalement contente. Elle laisse reposer ce premier résultat. Quelques jours plus tard, elle reprend le travail et accorde toute son attention aux séquences marquées. Des solutions inspirées s’imposent parfois d’elles-mêmes. Il reste aussi des bouts de phrases qui ne s’ajustent pas parfaitement au contexte. Elle cherche à déchiffrer les intentions de l’auteur, le pourquoi de certaines formules. Alors, elle convoque le créateur pour le sonder. Le dialogue autour des mots et des sens s’installe. Ce dialogue, qui lui a toujours été si cher, s’avère indispensable pour la retouche de la traduction. Et il conduit souvent même à l’amélioration de l’original. L’activité déroulée par Maria Ţenchea durant les années 1990 est éclectique, reflétant bien l’air du temps. Il y a, avant tout, la disparition des frontières infranchissables, aussi bien extérieures qu’intérieures. L’horizon de chacun s’élargit ; on peut voyager librement, surtout pour des raisons professionnelles, telles que la participation aux échanges d’expériences, aux rencontres entre spécialistes, aux collaborations internationales. Maria Ţenchea saisit chaque occasion de connaître ses pairs des universités francophones européennes. Sur le plan personnel, elle s’enrichit de ces dialogues, prend le pouls des préoccupations scientifiques qui mobilisent les équipes de recherche d’ailleurs, se met au courant de l’évolution des techniques d’investigation, de rédaction et de présentation des résultats lors des conférences et des congrès. Elle voyage pour redécouvrir les bibliothèques occidentales, modernes, ouvertes, bien philosophiques, publiés en roumain, mais aussi en français. 56 Publié chez Cartea Românească, en 1995. 57 Timişoara, Ed. Amarcord, 1995, 456 pages. Eugenia Tănase
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