IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
67 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA On peut aimer plusieurs choses, par exemple, dans mon cas, les lettres et la musique. Mes préoccupations pour la musique étaient stimulées par mon oncle Enea Borza, maître de conférences au Conservatoire de musique de Cluj-Napoca, et par mon père, qui, pendant quelques années, a été membre du Chœur de la Philharmonie de Timișoara ; pour mes études universitaires, j’ai néanmoins choisi la faculté des lettres (français-roumain). Mon choix s’est porté sur le domaine où je pensais pouvoir atteindre un plus haut degré de compétence/performance. La musique est néanmoins restée ma vocation secondaire. De toute façon, si j’ai laissé au second plan la musique pour elle-même, ça a été pour retrouver la musique des langues (chaque langue possède sa propre « musique », basée sur les sons, l’accent tonique, le rythme et l’intonation), qui est tout aussi passionnante. R. M. : Avez-vous eu des modèles (scientifiques, familiaux) le long de votre carrière ? M. Ţ. : Dans l’ambiance familiale, à Timișoara, il y avait mes parents, et à Cluj – mes grands-parents du côté maternel (la famille d’Alexandru Borza). J’ai passé cinq années dans l’ambiance universitaire et culturelle de la ville de Cluj-Napoca, où j’ai eu la chance de faire mes études universitaires et que j’ai retrouvée par la suite pour le doctorat. Le retour à Cluj-Napoca, une ville riche de son passé et de ses traditions culturelles, et, en même temps, ouverte à la modernité, avec ses bibliothèques, ses musées et expositions, ses spectacles et ses conférences, était toujours si agréable et tellement souhaité. J’y retrouvais, à chaque fois, des gens du milieu universitaire, des collègues ou certains de mes anciens professeurs. Pendant la période des études universitaires, j’ai eu le bonheur de côtoyer des professeurs auxquels je voue toute ma gratitude, pour tout ce qu’ils ont apporté à ma formation intellectuelle et humaine. Je retiens surtout quelques noms : le professeur Henri Jacquier – avec tout le charme de son érudition, qu’il nous dispensait soit avec une rigueur académique, soit, le plus souvent, à travers de longues digressions captivantes et profondes ; les cours pratiques de phonétique (en I e année) déroulés au laboratoire phonétique sous la direction du professeur Eugen Tănase, que j’ai retrouvé par la suite, dans mes débuts de carrière, à la tête du département de français de Timișoara, dont il a été le fondateur ; le professeur Ioan Niculiță – j’admirais la construction solide et rigoureuse et la clarté de son cours de syntaxe, de même que son exceptionnel sens de l’humour ; la professeure Angelica Kalik, avec l’allure tellement vive et l’extrême richesse de ses cours et de ses séminaires, exigeante mais en même temps ouverte au dialogue ; le professeur Ion Baciu, avec sa solide compétence en linguistique française et son ouverture vers la modernité, en même temps que sa juste sévérité. Le professeur
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