IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
70 Après 1989, j’ai été sollicitée pour traduire des livres écrits par des auteurs roumains vivant à Timișoara : il fallait chercher des voies pour faire connaître la culture roumaine – du Banat, en l’occurrence – dans une Europe qui venait de nous ouvrir ses portes. J’ai abordé plusieurs domaines : philosophie (pas facile…), histoire, histoire de l’art, littérature (prose et poèmes de facture moderne), ainsi que des guides touristiques. L’important pour moi, dans presque tous les cas, c’était le dialogue avec les auteurs, qui m’a aidée à déchiffrer leurs intentions ou bien à comprendre certains passages textuels obscurs ou des concepts spécifiques. La collaboration entre traducteur et auteur fonctionne parfois très bien, à tel point que l’on pourrait parler d’« auctorialité partagée ». Le meilleur exemple, c’est la traduction des livres de philosophie de Corneliu Mircea. Et je dois évoquer ici le sentiment de satisfaction que j’ai éprouvé en lisant – dans Revue philosophique de la France et de l’Étranger – la recension par un spécialiste français, Alain Panero, du Traité de l’Être , un livre de plus de 400 pages (publié à Paris, chez Kimé), « élégamment traduit par Maria Țenchea ». Pour ce qui est de la réflexion théorique (recherche et didactique), je rappelle ici que la première personne qui a parlé de traductologie au sein du département de français, c’est Mme Ileana Ghiță, qui a écrit une thèse sur la traduction poétique. En ce qui me concerne, j’ai proposé un cours en option d’introduction à la traductologie ; on a créé ensuite une sous-section de traduction en IV e année, puis un master de traduction spécialisée et, en 2005, la filière LMA (Langues modernes appliquées). Les recherches en traductologie ont pris de l’ampleur, et, en ce moment, il y a aussi une école doctorale (avec Mme Georgiana Badea). En 2008, j’ai publié, en tant que co-auteure et coordinatrice, un livre censé être un instrument de travail utile aux étudiants en traduction-traductologie, intitulé Dicționar contextual de termeni traductologici (franceză-română) , et qui a reçu un accueil favorable (voir, par exemple, la recension parue en 2010 dans la revue Atelier de traduction , à Suceava). Après ma retraite, j’ai continué à m’intéresser à la traductologie, tout en faisant, en même temps, des traductions. R. M. : Plusieurs fois dans vos cours, les étudiants vous ont entendue parler de la liaison (jamais dangereuse !) entre la musique et la traduction. En plus, nous, vos proches, nous savons que vous avez une formation musicale aussi, que vous jouez du piano, que l’ instrument musical fait partie de votre vie quotidienne. Quelle serait donc cette connexion secrète entre la musique et la traduction ? M. Ţ. : La traduction en tant qu’activité peut être considérée sous des angles très variés, et l’on a pu faire les rapprochements les plus divers : la traduction Ramona Malița
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