IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
71 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA comme re-création, réécriture, miroir, paraphrase, variation sur un thème donné, calque, pastiche, etc. Quant au traducteur, on a pu l’envisager de diverses manières : énonciateur second, re-créateur, « caméléon », passeur, médiateur interculturel, ambassadeur culturel, alchimiste, metteur en scène, détective, ou encore traître, imposteur, plagiaire, censeur, « mante religieuse », etc. Pour ma part, je suis portée à considérer la traduction littéraire comme proche de l’interprétation musicale (d’ailleurs je ne suis pas la seule à adopter cette perspective). Le texte source, en langue de départ (LD), contient ses propres instructions, que le traducteur va déchiffrer/interpréter d’une manière personnelle, pour transposer le message de LD dans la langue d’arrivée (LA). Il construit/ il crée donc un nouveau texte en LA, travaillant au niveau du signifiant, en modulant l’expression de la pensée et des sentiments qui constituent la substance de TD, tel un musicien (chanteur ou instrumentiste) qui interprète (= exécute) une pièce musicale, et cette nouvelle création porte l’empreinte de la personnalité de l’interprète. Même si “l’interprétation” réalisée par le traducteur est fixée par écrit, à la différence de l’interprétation musicale qui est, essentiellement, un événement temporel, un déroulement sonore (à partir des instructions contenues dans la partition), l’action du traducteur vise également – à travers divers procédés segmentaux ou suprasegmentaux – à réaliser un mouvement, une logique, une cohérence discursive du texte, et, surtout, à rendre le rythme intérieur, la pulsation, les accents du texte, les sonorités : tout cela rapproche l’acte de traduire de l’interprétation musicale. Par ailleurs, on pourrait remarquer que le texte traduit – tout comme le texte source – peut être envisagé aussi comme une production orale, virtuellement destinée à des lectures publiques, ou destinée à être lue/écoutée comme e-book . Pour ma part, je pratique et je conseille aux apprentis traducteurs la lecture à haute voix du texte traduit, par fragments (on se rappelle ce que Flaubert appelait « l’épreuve du gueuloir »). R. M. : Quel serait, selon vous, le ‘ décalogue’ du traducteur ? M. Ţ. : Votre question ressemble à une provocation… Comme on le sait bien, chaque agence de traduction / chaque traducteur fonde son activité traduisante sur un certain nombre de principes, souvent formulés de manière explicite, et constituant parfois une sorte de décalogue (voir à ce propos les dix commandements de Daniel Gouadec concernant la traduction spécialisée). En ce qui me concerne, il ne s’agit pas vraiment d’un décalogue ; en fait, j’ai adopté quelques règles et principes, qu’il convient d’adapter à chaque fois au texte source et au type de traduction, en opérant les distinctions qui s’imposent, suivant le domaine envisagé – qu’il s’agisse de la traduction générale ou spécialisée, de la traduction littéraire, ou encore de
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