IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
73 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA M. Ţ. : En tant qu’étudiante et surtout en tant qu’enseignante, j’ai été préoccupée, essentiellement, par l’acquisition du français standard : la norme était illustrée par le français écrit, proche en fait du français classique. Il faut dire que dans les années de ma formation en français on n’avait pas souvent accès au français parlé par des locuteurs natifs. Cependant, j’ai toujours considéré le français en tant que langue vivante, dans une perspective dynamique. J’ai d’ailleurs eu la chance de pouvoir présenter aux étudiants les grandes lignes de l’évolution du français, écrit et parlé, lors des séminaires et des cours d’histoire de la langue française. Pour ce qui est des tendances dites actuelles – telles qu’elles se sont manifestées à différents moments dans le français moderne et contemporain –, j’ai pu consulter avec grand profit Le Bon Usage de Maurice Grevisse, des articles du journal Le Monde contenant des remarques sur l’usage du français, ainsi que certains livres à caractère prescriptif, écrits par des linguistes puristes ou laxistes. Et ce qui m’a beaucoup aidée, c’étaient les glanes de lecture – j’aimais observer et noter des exemples significatifs dans les textes dialogaux, relevant de la langue orale, pour les rassembler dans des corpus. L’ouverture européenne de la Roumanie a rendu possibles les contacts directs avec la France, avec les collègues et amis français, ainsi que l’accès à TV5 Monde (la chaîne de télévision francophone), ce qui a permis l’extension de mes recherches dans ce domaine. Au cours des décennies, les changements qui se sont produits peu à peu dans le français parlé (au niveau du vocabulaire, de la syntaxe et de la phonétique) sont devenus évidents, certains étant irréversibles et imposant de nouvelles normes. Certaines des règles de grammaire que nous enseignions encore il y a 30 ans ne sont plus fonctionnelles. Comme le faisait remarquer le linguiste suisse Henri Frei, dans un livre intitulé La grammaire des fautes (1929), « la faute d’aujourd’hui sera la norme de demain ». Je dois avouer que, dans le cas des films policiers qui passent à la télé, j’ai parfois du mal à comprendre les répliques des personnages, vu le caractère trop oral des dialogues – qui se traduit par un débit trop rapide, par le recours constant aux structures du français familier, populaire et argotique, à quoi s’ajoutent des fautes dues à la transgression de certaines règles. En fait, les remarques de ce genre sont valables tout aussi bien pour la langue roumaine. J’avoue être constamment préoccupée par la situation du roumain actuel, où l’on remarque des emprunts (souvent inutiles) à l’anglo-américain et des calques (lexicaux et syntaxiques) en trop grand nombre, l’emploi fautif de mots et de structures grammaticales, le recours à une intonation non cohésive, etc. Pourquoi ces changements dans l’usage de la langue parlée et écrite ? Cela s’explique par l’ignorance, la superficialité, le manque d’intérêt des utilisateurs du roumain et
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=