IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

74 surtout des institutions culturelles. Le niveau des connaissances linguistiques a baissé (ceci est valable aussi pour d’autres langues), au point que l’on constate l’existence d’un analphabétisme fonctionnel, en même temps que l’absence de réaction des autorités censées veiller au fonctionnement correct de la langue. R. M. : Nous savons que lors de votre mandat à la tête de la Faculté des Lettres vous avez été fort ouverte aux innovations technologiques et aux outils numérisés, utilisés dans l’administration de l’ institution. Dans quelle mesure la technologie et son implémentation dans la communication courante a-t-elle changé les rapports/les relations entre les gens ? M. Ţ. : Les fonctions administratives que j’ai assumées au fil des années m’ont permis d’acquérir diverses expériences. Dans les années ‘90, s’est posé le problème de l’intégration dans l’enseignement supérieur des technologies du numérique, destinées à faciliter les tâches professionnelles et administratives. Certes, ces nouvelles technologies offrent des outils qui se sont avérés indispensables, tels que l’emploi intensif des ordinateurs, l’Internet, les cours en ligne, les visioconférences, les réseaux sociaux, l’IA (l’intelligence artificielle), etc. Mais il ne faut pas oublier, en même temps, le danger qu’elles comportent : les relations interhumaines directes se trouvent limitées, au profit d’un monde virtuel, ce qui rime en réalité avec une bureaucratie parfois renforcée, qui restreint ou annule la présence réelle des personnes et appauvrit la communication. Il faudrait donc veiller à éviter toute exagération dans l’utilisation de la technologie au détriment du facteur humain (avec sa compétence, sa sensibilité, sa culture, sa subjectivité). Pour ce qui est de l’intelligence artificielle, on peut bien engager un dialogue avec l’IA et tenir une conversation extrêmement savante en même temps qu’amusante, mais qui peut friser l’absurde (voir dans ce sens le livre humoristique de Jan Cornelius intitulé EU & IA « Moi et l’IA » ). En matière de traduction littéraire, on a pu qualifier l’IA de « grand imposteur », vu que – comme le remarque avec raison Françoise Wuilmart, directrice du CETL (Centre européen de traduction littéraire) –, l’IA s’avère « tributaire non pas de la vie fluctuante et diversifiée, mais d’une gigantesque encyclopédie, patrimoine de l’humanité sans cesse nourri et complété mais néanmoins figé ». Mais quoi qu’il en soit, je pense, pour ma part, que l’IA reste un outil de travail incontournable, pour plusieurs raisons (documentation/information, terminologies, synonymie, équivalents en traduction, rigueur syntaxique et textuelle, etc.), à condition de l’utiliser avec discernement (en signalant l’utilisation incorrecte des sources d’information, la logique détournée, etc.) et d’éviter l’addiction. Il ne faut pas se laisser dominer par cette ressource par ailleurs extraordinaire, mais point infaillible. Ramona Malița

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