IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

75 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA R. M. : Qu’est-ce que ces trente-cinq dernières années (la période postérieure aux événements de décembre 1989) ont signifié pour vous, en termes de réalisations ou de leçons apprises ? Y a-t-il une leçon que vous aimeriez transmettre aux jeunes générations d’aujourd’ hui ? M. Ţ. : Chaque époque a du bon et du mauvais. La période que vous évoquez a marqué une rupture, apportant des changements importants, à tous les points de vue. Mais il fallait bien aller de l’avant, en s’adaptant aux nouvelles réalités roumaines et internationales, au milieu de toutes les incertitudes du nouveau paysage socio- politique. La liberté de voyager, de s’informer et de communiquer nous a ouvert de nouveaux horizons géographiques aussi bien que scientifiques et culturels, pourtant la transition n’a pas été toujours facile. En ce qui me concerne, je me souviens qu’après 1989, il m’a fallu un certain temps pour me retrouver moi-même sur le plan professionnel. J’ai dû mener une véritable quête d’identité, essentiellement dans le domaine de la recherche. Il fallait trouver des repères qui puissent ouvrir de nouvelles voies, un champ d’investigation où je puisse développer des recherches originales : dans ce sens, ce sont l’analyse contrastive et la traductologie qui se sont imposées à moi comme principaux centres d’intérêt, dans le cadre généreux de l’univers de la francophonie. Et puisqu’il y avait maintenant la possibilité du dialogue, nous avons pu établir des contacts avec plusieurs universités de France ou d’autres pays européens. Comme je l’ai déjà mentionné, des liens durables se sont noués. On a commencé à mieux se connaître et à s’estimer réciproquement. Les divers types de collaboration mis en place ont porté des fruits, aussi bien dans la recherche que dans l’enseignement. Quelle leçon pourrais-je transmettre aux jeunes, dans cette perspective ? Très brièvement : il serait souhaitable que les jeunes générations comprennent à quel point est importante la continuité à travers la culture et combien il est important de cultiver toutes les valeurs acquises, les vraies valeurs, fondées essentiellement sur le respect du travail, le respect des autres et le respect de soi, et ce, dans une société qui se caractérise de plus en plus par le matérialisme, l’indifférence, la superficialité et la violence. R. M. : Quels seraient vos violons d’Ingres ? Nous en connaissons deux : la photographie et les voyages. Comment sont-ils nés ? En avez-vous d’autres ? M. Ţ. : Effectivement, j’ai toujours aimé voyager – autant que faire se pouvait… J’ai surtout pratiqué le tourisme académique : participations à des congrès, colloques, conférences ou réunions ; voyages à titre de professeur invité ; stages de

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