IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

90 Ses questions sont servies avec une pointe de… comment dire… de malice. C’est bien ça ! Elle regorge de l’espièglerie propre à l’esprit pétillant, joueur d’une petite fille. Car traduire, c’est un jeu, n’est-ce pas ? Un jeu d’hésitations, de rectifications pour laisser chaque idée mûrir, se transformer, nous transformer. Pour ce faire, elle nous laisse le temps, tout le temps qu’il faut. On s’arrête, on revient sur une phrase, on l’ajuste, on la rajuste, toujours à la recherche de la version finale : celle qui, enfin, trouve la résonance exacte, celle où deux mondes, portés par deux langues, se rencontrent et se fondent dans une harmonie parfaite, à la manière d’un prélude de Bach. * * * Entre deux langues, deux cultures, deux pages, je continue cette quête du cours de traductologie, en entraînant aussi les autres. Parfois, j’ai un malin plaisir à questionner mes proches et mes collègues sur ce que des expressions roumaines traduites mot à mot leur évoquent. Ainsi, a freca menta (« frotter la menthe »), serait la première étape de la préparation d’une tisane, tandis que a tăia frunze la câini (« couper des feuilles aux chiens ») 1 , une tentative de rendre les chiens végans. Et quand on dit qu’un fameux président nous « vend des beignets », il ne s’agit malheureusement pas de son job d’étudiant. Il est vrai que j’ai moins ri quand j’ai demandé à mon fils : Pune-te cu burta pe carte ! (« Mets-toi le ventre sur le livre ! ») et qu’il s’est allongé au soleil, écrasant le livre, au lieu d’étudier. Mais comment transmettre Eminescu ? Comment traduire l’intraduisible ? Soudain, je reviens sur les bancs de l’université, au cours de traductologie, je prends mon temps, tout le temps qu’il faut, je pèse, je déguste, j’assaisonne. Hmm... on dirait qu’il manque une épice, une pointe de poésie. Reprenons : En remplaçant les alexandrins par des hexasyllabes, on obtient un certain rythme, mais ce n’est pas tout à fait ça. Reprenons : Le soir, sur la colline… 1 a freca menta, a tăia frunze la câini = « ne rien faire », « paresser, se la couler douce » Le soir, sur les hauteurs, Le cor joue la douleur, Les troupeaux là-haut montent, Les astres sur leur sente, Des eaux de porcelaine Pleurent dans les fontaines, Sous un arbre reclus, Tu m’attends, éperdue. La lune clair’arpente Le ciel saint, envoûtante, Tes yeux dans le feuillage Recherchent mon visage. La voûte, loin, enfante Des étoiles filantes, Ton cœur est langoureux Et ton front, soucieux. Loredana Cabassu-Amorăriței

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