IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
91 L’ÉPREUVE DU GUEULOIR ET AUTRES LEÇONS DE VIE Luminiţa CIUMPE-PANAIT Chargée de cours Université de Montréal, Canada — Et c’est un complément d’objet dire… — CT ! Plus de trente ans après, je me surprends encore à articuler les dernières lettres des mots, corrigeant mes enfants ou mes apprenants en français langue seconde. Cette voix intérieure qui guide mes gestes grammaticaux est celle de ma professeure de syntaxe française, Maria Ţenchea. Vous m’excuserez l’habitude, très québécoise, de féminiser les noms de professions. Vingt ans au Québec laissent des traces, et chaque fois que je vois une grande femme se faire nommer au masculin, une petite réaction allergique se déclenche. Les années ont passé, emportant avec elles des habitudes pédagogiques, autrefois inébranlables. La terminologie a évolué : aujourd’hui, mes étudiants, futurs traducteurs et traductrices, ignorent souvent ce qu’est un complément circonstanciel ou un COD. Ils se perdent dans les méandres de ce que l’on nomme encore « la nouvelle grammaire », bien qu’elle soit en réalité tout sauf nouvelle, avec ses trente ans bien entamés. Ce mélange d’approches modernes et de tradition grevissienne peut parfois laisser un goût douteux, un sentiment d’incomplétude. Pourtant, au- delà de ces bouleversements, certaines bases solides résistent : l’analyse syntaxique, celle qui donne sens à la structure et révèle la beauté intrinsèque du français. Et invariablement, lorsque je replonge dans ces concepts, je suis ramenée à une salle de classe en 1995, en pleine tourmente de la guerre en ex-Yougoslavie. Si Maria Ţenchea brillait dans l’enseignement de la syntaxe, elle savait aussi captiver son auditoire en tissant des liens profonds entre la langue et son histoire. Ses cours sur les doublets étymologiques étaient autant de voyages dans le temps
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