IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

96 est de coutume en milieu universitaire, mais par un dialogue ouvert, chacun étant invité à lui poser des questions ou à répondre à celles qu’elle nous adressait. Je me rappelle aussi, avec une touche de nostalgie, le cours d’histoire de la langue française qui ne figure plus dans les cursus d’aujourd’hui. Après trois ans d’étude de la langue en synchronie, on avait ainsi la chance, en quatrième année, de la découvrir en diachronie. Alors, la professeure Maria Ţenchea nous a appris que le verbe « partir » de l’expression « avoir maille à partir avec quelqu’un » diffère de celui qu’on utilise de nos jours pour dire qu’un individu se met en mouvement, quitte un lieu. Que les biscuits tirent leur orgine du verbe « cuire ». Que l’épenthèse explique pourquoi en français on a obtenu « école » du latin « schola » tandis qu’en roumain du même étymon a résulté « şcoală » et que parfois l’accent circonflexe du français dans des mots comme « fenêtre », « forêt » ou « âne » marque la disparition du « s » des mots latins « fenestra », « forestis », « asinus ». On comprenait ainsi que la « tête » française venant du latin « testa » s’apparente au mot roumain « ţeastă ». Qu’il y a un air de famille entre le « sanglier » venant de « porcus singularis » et l’adjectif « singulier » signifiant « unique, seul, particulier ». Que le mot « oignon », il faut le prononcer « o-gnon » et non pas « wa-gnon » comme on serait tenté de le faire. Toutes ces explications et d’autres encore nous ont permis, à moi et mes collègues, de traverser des frontières linguistiques et temporelles pour mieux comprendre comment le français et le roumain ont dérivé du latin en s’approchant ou en s’éloignant l’une de l’autre au fil des temps. Au début du troisième millénaire, traduire et réfléchir sur la traduction semblaient faire partie intégrante de notre avenir en tant que citoyens d’un pays qui allait devenir membre de l’OTAN en 2004 et de l’Union Européenne en 2007. Alors, pouvant opter en troisième année pour un cours de traduction, j’ai eu aussi la chance d’entendre la professeure Maria Ţenchea parler de transfert interlinguistique et de procédés de traduction comme l’emprunt, le calque, la transposition, la modulation, l’équivalence et l’adaptation. Son vif intérêt tant pour les similitudes que pour les différences qu’on peut relever entre deux langues par une approche contrastive, m’a déterminée à réaliser, sous sa coordination, mon mémoire de fin d’études. Il portait sur les proverbes français et leurs équivalents en roumain et je l’ai soutenu en 2001 pour obtenir mon diplôme de licence. Cela a été une bonne opportunité pour moi de découvrir la professeure Maria Ţenchea dans l’intimité de son bel appartement du centre-ville. À cause de son programme très chargé et des nombreuses charges administratives qu’elle avait assumées au sein de la faculté, il arrivait parfois qu’elle m’invite chez elle pour discuter de l’avancée de mes travaux de recherche. À la fin de ces réunions, Ileana Neli Eiben

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