Filiation protéiforme | 2026
109 H-être ou ne pas être : hantologie de la filiation dans Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo Fig. 2. Arbre généalogique de Thésée La fuite de Nathaniel ne relève pas seulement d’un deuil individuel : elle s’inscrit dans un « temps long », un « enchevêtrement des générations » où la mémoire familiale est travaillée par des zones d’ombre, ces « sales petits secrets » (de Toledo le 25 mai 2021). C’est précisément à partir de cette opacité que se construit la lignée suivante. À travers Esther, fille de Nathaniel, puis ses deux fils, Thésée et Jérôme, le roman met en scène la transmission indirecte des traumas. Cette transmission prend la forme d’un écho spectral, la fratrie contemporaine – Thésée et Jérôme – résonne avec la fratrie originelle, Talmaï et Nissim, eux-mêmes porteurs de l’exil fondateur : « [l]es deux frères, Jérôme et Thésée qui, sur un mode hanté, répondent aux deux frères venus de l’Empire ottoman » (de Toledo le 27 novembre 2020). Le texte montre ainsi que les blessures ne disparaissent pas, mais se rejouent sous des formes déplacées, créant une chaîne d’intrications entre morts et vivants. Ce principe de répétition hantologique illustre ce que Nicolas Abraham et Maria Török (1978, 266) décrivent comme le fonctionnement de la crypte : un secret inavouable, un deuil non résolu, enfoui dans le psychisme, continue de travailler les générations suivantes. Le sujet cryptophore, le « restant » (TSVN 32, souligné
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