Filiation protéiforme | 2026
115 H-être ou ne pas être : hantologie de la filiation dans Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo en évidence cette logique hantologique et post-mémorielle à travers la place centrale des archives : lettres, photos, témoignages dispersés. Loin de stabiliser le sens, ces archives le diffractent, multipliant les pistes et ouvrant des gouffres temporels, au point d’écrire elles-mêmes une légende : « et nous avons, à notre tour, à légender la légende . » (de Toledo le 16 septembre 2022, souligné par l’auteur). Chez Camille de Toledo (le 16 septembre 2022), ces archives sont ambivalentes : elles constituent à la fois des témoins et des menaces. Témoins, car elles permettent à l’enquêteur de reprendre des lectures différées et de faire entendre ce qui a traversé les générations. Menaces, car elles révèlent aussi une « masse concentrée de peurs », toujours liée à la boîte noire des silences et des suicides, à ces interdits de mémoire qu’il formule sous la forme d’un « onzième commandement » : « ne pas rouvrir les fenêtres du temps. » (TSVN 76, 82, 102, 103, 115, 145, souligné par l’auteur). Ainsi, les archives peuvent renfermer ce potentiel hantologique de se présenter moins comme des preuves que comme des revenants menaçants (de Toledo le 16 septembre 2022). Autrement dit, elles piègent le sens, ouvrent des retours imprévus et labyrinthiques, produisent des failles temporelles. Dans Thésée, sa vie nouvelle , cette logique est redoublée par la dimension cryptophore du sujet filial devenu « gardien de cimetière » (Abraham et Török 1978, 254-255). Les secrets inavouables, enfouis dans la mémoire familiale, trouvent refuge dans les lettres et les photos, dans les mots et les regards. Mais leur lecture ne les dissipe pas : elle manifeste au contraire leur persistance énigmatique. Les archives familiales forment ainsi un palimpseste hanté, où chaque image, chaque date, chaque lettre superposent les strates d’une mémoire lacunaire. De là découle la tâche de Thésée : traverser ces archives malgré leur menace, assumer la charge terrifiante qu’elles recèlent pour « revenir à la vie ». Cette posture de veilleur, héritier d’ombres et non de biens, ouvre la voie vers une autre dimension de la hantise : celle du mythe. Car Thésée n’est pas seulement le fils qui reste, endeuillé dans l’intime ; son surnom/prénom même l’inscrit dans une généalogie symbolique, où la figure héroïque se trouve, elle aussi, hantée et renversée. 4. Hantises mythiques : l’ombre de Thésée Parmi les multiples dimensions de Thésée, sa vie nouvelle , l’une des plus singulières réside dans son dialogue avec le mythe fondateur. Le texte se déploie sur un « soubassement mythologique », où la vie s’entrelace entre morts et vivants, prise dans le labyrinthe du temps
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=