Filiation protéiforme | 2026
130 Sandra MEFOUDE-OBIONO contextes de violence et de délitement social. Pour ce faire, notre étude s’articulera autour de trois axes : la caractérisation des personnages dans leur contexte socioculturel et leur construction narrative ; le rôle des grands-mères dans le relais générationnel ou la rupture de la mémoire familiale ; et leur fonction dans la reconstruction identitaire des petites-filles. 1. Les représentations de la figure grand-maternelle : nomination, portraits physiques et lieux de vie Les portraits littéraires de la grand-mère que proposent Edwidge Danticat et Léonora Miano montrent des personnages aussi complexes et divers que les situations qui les ont produits. Comprendre ces grands-mères, c’est aussi comprendre les tensions, entre perpétuation et rupture, caractéristiques de ces contextes postcoloniaux. Ces tensions se révèlent à travers la construction narrative des personnages, depuis la nomination et l’apparence physique jusqu’aux espaces de vie. Dans le cadre de ces axes sémantiques – auxquels on peut ajouter l’âge et le niveau de vie –, le nom que l’on porte est un révélateur social et familial fort et un indicateur du statut, des rôles et de place que l’on occupe dans certaines sociétés. D’emblée, la façon dont les grands-mères sont nommées, entre tradition et modernité, dans ces deux romans éclaire autant sur le rapport au monde des personnages « nommants » que sur le regard qu’ils portent. Si les dénominations des grands-mères de Danticat et Miano ne donnent pas lieu à des créations langagières singulières, elles n’en renseignent pas moins sur l’identité sociale et collective de ces personnages, sur la qualité du rapport de grand-parentalité – visible tant dans les interactions avec leurs petites-filles que dans la particularité du lien aux autres –, à la communauté. Les trois grands-mères principales sont désignées par leurs petites-filles – ainsi que par leur entourage – par des appellations telles que « ma grand-mère paternelle », Mbambè ou Granmè Ifé, qui reflètent leur statut socio-économique et empruntent aux langues locales ou aux cultures environnantes. Le nom propre de deux d’entre elles, Ifé et Rachel, s’efface au profit de l’appellatif « grand-mère », utilisé soit seul, soit accompagné du prénom de la personne désignée. Cette dénomination souligne leur statut d’aïeule et traduit la déférence qui leur est due. Comme le souligne Philippe Hamon dans Le personnel du roman ,
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