Filiation protéiforme | 2026

13 Restituer, transmettre, affronter : la problématique de filiation à l’épreuve du contemporain à la fois familiale, linguistique et littéraire, en rendant hommage à ses grands-parents et à la mémoire d’une communauté bucarestoise marquée par les épreuves du XXᵉ siècle. À travers le réalisme magique, la romancière restitue les voix silencieuses d’une génération discrète, tout en construisant une généalogie symbolique qui dépasse les liens biologiques. L’écriture en français, imprégnée de roumain, devient un outil de transmission et de réparation, révélant comment la littérature peut recomposer une identité fragmentée, interroger les silences et faire émerger une mémoire enfouie. Ce récit de filiation littéraire et personnelle illustre pleinement la tension entre héritage, oubli et renaissance. Ana M.Alves, dans l’étude « L’écriture impliquée d’Annie Ernaux : entre mémoire, éthique, filiation et héritage », analyse l’écriture du prix Nobel de Littérature 2022 comme une forme d’engagement éthique et socio-politique, où l’intime devient un levier critique du social. Alves montre que, en croisant autobiographie, sociologie et mémoire collective, Ernaux donne voix aux existences marginalisées et propose une esthétique de la vérité, fondée sur une écriture distanciée, impersonnelle et profondément humaine. À partir des récits de Jean-Luc Coatalem, Andreea Dobrescu s’intéresse aux figures paternelles comme modèles ou anti-modèles dans la construction identitaire. Elle met en évidence les effets destructeurs de l’absence ou du silence des (grands-)pères, tout en soulignant le rôle réparateur de l’écriture et de l’enquête familiale dans la transmission transgénérationnelle et la réappropriation de l’histoire. Dans son article « Père absent, identité fragmentée : quête de filiation et reconstruction de soi », Ioana Marcu interroge deux romans francophones de l’extrême contemporain – La Mer Noire dans les Grands Lacs d’Annie Lulu et Loin de mon père de Véronique Tadjo – sous l’angle de la filiation en creux, marquée par l’absence ou le silence du père. L’étude met en lumière comment cette absence agit comme déclencheur d’une enquête identitaire, intime et mémorielle, menée par les narratrices Nili et Nina. Le déplacement géographique et symbolique devient un outil de restitution et de réparation, permettant aux protagonistes de recomposer une mémoire familiale fragmentée et de se réinscrire dans une lignée. En croisant mémoire individuelle et histoire collective, ces récits explorent les tensions entre transmission, silence et reconstruction de soi, et illustrent la puissance réparatrice de l’écriture dans le cadre d’une filiation manquée.

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