Filiation protéiforme | 2026

14 Ioana MARCU, Ramona MALIȚA, Claudiu GHERASIM La deuxième partie de l’ouvrage, intitulée « Devoirs », initie le parcours de lecture avec la contribution de ClaudiuGherasim, qui interroge la figure du fils comme « h-être » – héritier d’un passé fragmenté, hanté par les silences, les suicides et les ruptures transgénérationnelles – dans le roman Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo. En mobilisant les concepts d’hantologie (Derrida), de crypte et de fantôme (Abraham et Török), l’auteur montre comment la filiation contemporaine se construit dans l’entre-deux du vivant et du spectral, sur trois plans étroitement liés : historique (mémoire européenne traumatique), familial (transmissions cryptées et répétitions pathologiques), et mythique (réécriture du mythe de Thésée). Le roman devient ainsi une automythobiographie hantée, où le fils survivant, porteur d’un legs spectral, incarne une subjectivité post-traumatique fondée sur une éthique du pardon, de la lucidité et de la revivance. Sandra Mefoude-Obiono explore la figure de la grand-mère à l’épreuve du temps dans deux romans postcoloniaux – Le cri de l’oiseau rouge d’Edwidge Danticat et Contours du jour qui vient de Leonora Miano. L’autrice révèle le rôle ambivalent de ce personnage-clé entre transmission et rupture dans des contextes de violence et de mutation sociale. À travers une analyse croisée de ces deux textes romanesques, l’étude met en lumière la manière dont ces aïeules, parfois marginales, deviennent des piliers de mémoire, de résistance et de reconstruction identitaire pour leurs petites-filles. En comparant deux récits italiens contemporains – la nouvelle « Le Cercle » d’Antonio Tabucchi et le roman Toutes les familles d’Andrea Bajani –, la contribution proposée par Malgorzata Kobialka interroge les effets de la rupture de la filiation sur la mémoire et le corps, notamment à travers la métaphore de la stérilité. L’autrice de l’article montre comment la littérature devient un espace de résurgence des absents et de réparation symbolique, où les fantômes du passé familial peuvent être accueillis pour libérer les vivants. Dans son article « Proscrit, j’avais ton âge : une histoire familiale. Le Roman de Renart sous la loupe de la filiation », Ramona Malita revisite ce texte médiéval canonique par le prisme de la filiation, en identifiant trois formes principales : biologique, symbolique et satirique. Loin de se limiter aux liens de parenté traditionnels, la filiation dans Le Roman de Renart se manifeste aussi par la transmission de prises de position (souvent immorales), de stratégies de survie et de modèles sociaux

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