Filiation protéiforme | 2026
160 Ramona MALIȚA Introduction. Repères théoriques De plus en plus intéressés dernièrement à la filiation, les scientifiques utilisent ce terme de manière œcuménique dans le sens de décrire les réalités psychologiques, anthropologiques, sociologiques, littéraires, morales, religieuses, etc. de l’individu préoccupé de sa famille (restreinte) ou bien d’autres membres du clan, et, par extrapolation, de la communauté. Les relations interindividuelles à l’intérieur de ces deux cellules – la famille et la communauté – se définissent à l’aide de la filiation qui suppose, par excellence, l’existence d’un mécanisme à double fonction (familiale et communautaire) où chaque membre occupe une place bien précise et remplit un rôle bien clair dans le rouage de l’ensemble, autant pour le présent de sa vie que pour le futur générationnel des deux cellules en question. L’appartenance à une famille commence par un lien biologique, à savoir la reproduction normale de l’être humain, conformément à laquelle il y a deux géniteurs : un masculin et l’autre féminin. Jean- Daniel Causse (2008, 47) insiste sur la distinction entre « géniteur » et « parent » ; si deux êtres sont géniteurs par l’accomplissement de l’acte physique, les deux peuvent continuer (ou non) par la qualité d’être parent, c’est-à-dire par l’accomplissement d’un acte symbolique, mis en place grâce aux enseignements, aux gestes, aux soins psychologiques, aux rapports intellectuels, etc. établis avec l’enfant. Vue sous cet angle, la consanguinité géniteurs-bébé n’est plus une condition sine qua non pour assurer le rôle de parent : celui-ci doit être doublé par une liaison symbolique et émotionnelle avec l’enfant. Cela signifie « être fils de », selon l’explication d’Amadeo Lopéz qui détaille la double signification du syntagme : d’un côté, c’est la nécessité de se rapporter à l’Autre, car l’individu n’est pas une entité unique ; de l’autre côté, c’est l’appartenance de l’individu à une certaine communauté et, par cela, il se retrouve dans un espace-temps bien précis (1997, 5). Autrement dit, la filiation délimite ce que Lopéz appelle « un lieu de reconnaissance », un espace identitaire (1997, 6), représentatif pour la tendance de l’individu de s’affirmer. La formation identitaire processuelle inclut nécessairement un Autre, par rapport auquel l’individu est mesurable du point de vue psychologique, professionnel, social, moral, etc., voire physique. Pierre Legendre parle, à ce sujet, de l’ancrage de l’individu (1990, 17) sans lequel la filiation est floue. L’enracinement de la personne est repérable, en tout
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