Filiation protéiforme | 2026

166 Ramona MALIȚA est à rebours, car c’est la parodie d’une famille aristocratique parfaite, ridiculisée par l’auteur anonyme : elle se déclare noble et vertueuse, mais agit de manière vile, contre ses proches auxquels Renart provoque des dégâts irréparables. C’est une noblesse d’esprit à contrefil, car la famille renardienne vole, ment, méprise les autres membres du clan, se moque de l’autorité de l’État, n’obtempère jamais aux lois ou aux règles de la Cour, ni au protocole de politesse : c’est une famille proscrite où le vice est roi. C’est un pastiche de la famille royale corrompue. Dans un texte renardien 6 de Rutebeuf, intitulé Renart le Bestourné , il est marqué le nom d’un autre fils du goupil, Grimaut, qui se tient souvent près de son père afin d’apprendre les astuces politiques et diplomatiques de la Cour du Noble. Son but est clair : seconder son père dans ses louches ‘entreprises’ et, plus tard, le remplacer et continuer, à un niveau supérieur, les braves aventures paternelles. C’est une course d’estafette trans-générationnelle et intra-générationnelle à la fois, car Grimaut se trouve en tandem avec Primaut, le fils d’Isengrin, lui aussi présent à la Cour, afin de recevoir des leçons de première importance, livrées par son père : « Isengrin a un de ses fils près de lui, toujours avide de mal faire. Il s’appelle Primaut. Et Renart en a un, qui s’appelle Grimaut. Ils se moquent bien de mes vers, pourvu qu’ils fassent le mal et abolissent les bons usages. » (Rutebeuf, 866). Si dans le quotidien, le loup et le goupil sont ennemis, au contraire, leurs fils sont bien ‘amis’ et avides de suivre les traces de leurs illustres parents. Et pour cause : les cadets profitent de l’expérience de leurs pères. Illustratif pour l’époque représentée dans le roman, l’espace familial est une forteresse médiévale bien imposante, ayant un rôle défensif : Renart et sa famille sont hors-la-loi, et, par conséquent, ils sont poursuivis comme dans la guerre : « Monseigneur Noble, l’empereur, vint au château où Renart s’est réfugié, et constata qu’étaient fort solides l’enceinte, les murs, les tours, les retranchements, les fortifications et les donjons ; un gros trait d’arbalète n’aurait pas pu être tiré si haut ! Tout autour il vit les fossés, profonds, larges et réparés, ; il regarde et voit encore l’eau, le pont- levis et, au-dessus, la chaîne. Le château était construit sur un rocher. » (RR, 45). 6 Les textes renardiens ont le même sujet – Renart et ses aventures dans la forêt du Noble, le Roi Lion. Ces récits appartiennent à d’autres auteurs que ceux du Roman de Renart et, du point de vue chronologique, ont été écrits plus tard par rapport au Roman en question. Exemples : Philippe de Novarre, Mémoires ; récit d’un ménestrel de Reims, Exemple d’Isengrin et de la chèvre ; Rutebeuf, Renart le Bestourné, Sur Brichemer ; Le Couronnement de Renart ; Dit de la queue de Renart .

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=