Filiation protéiforme | 2026
167 Proscrit, j’avais ton âge : une histoire familiale. Le Roman de Renart sous la loupe de la filiation C’est un lieu bien opulent pour une famille, fruit du travail des quelques générations qui ont ramassé et fait fortune pour leurs descendants. Sur ces héritages matériaux nous allons nous attarder dans le sous-chapitre portant sur la filiation symbolique. 3.1.2. La famille élargie Lorsque le lecteur apprend qu’à la base de cette écriture à maints tiroirs se trouve un conflit, éternellement repris lors des branches différentes, à savoir l’affrontement entre Renart et Isengrin, le même lecteur ne sera pas étonné d’apprendre leur origine familiale commune : ils sont obliquement liés par sang dans une relation oncle-neveu. Il y a des passages dans la branche XXV (intitulée Les Enfances de Renart ) qui établissent une parenté directe entre Renart et Isengrin : « De la même façon, Isengrin, l’oncle de Renart, était, sachez-le, un grand pillard ; de nuit comme de jour, il se livrait au brigandage. […] Le loup et lui [Renart] étaient bien tous deux de la même lignée ; même pensées, même caractère. Tous deux étaient des bandits de la même génération. » (RR, 830) ; « Ainsi se traitaient-ils d’oncle et de neveu lorsqu’ils se voyaient. » (RR, 831). Le rôle de cette origine commune serait de structurer la dynamique narrative des deux protagonistes (le goupil et le loup) : la convoitise et le désir profond du neveu d’humilier en toutes circonstances son oncle, quel que soit le gain (plus ou moins riche) du premier par rapport au second. Toujours de la famille élargie de Renart, fait partie Grimbert le blaireau : ils sont cousins germains ; intelligent et prudent comme son cousin, le blaireau est Docteur ès Lois et défenseur légal (dans le sens d’accepté) du goupil devant Noble, le Roi Lion, et devant la Cour réunie pour juger et condamner Renart à la pendaison. Dans la branche Ib, intitulée Le siège de Maupertuis , le narrateur insère une première remarque concernant ce membre de la famille renardienne qui vient au secours de son ‘parent’ : « Si je le dis, c’est à cause du seigneur Grimbert, qui pleure de voir Renart ainsi mis en pièce : il était son parent et son ami, il le voit enchaîné et captif et ne sait comment lui porter secours… » (RR, 52) ; plus loin, dans la même branche, c’est Grimbert qui confirme la parenté : « Votre fin est proche, et je suis là, moi votre cousin. » (RR, 54). Le texte fournit deux renseignements portant sur la filiation biologique et sur la filiation spirituelle : l’appartenance à la famille élargie
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