Filiation protéiforme | 2026

169 Proscrit, j’avais ton âge : une histoire familiale. Le Roman de Renart sous la loupe de la filiation 3.2. Filiation symbolique. Une famille moins exemplaire, mais soudée : la relation entre les membres À l’époque de la fixation par écrit de ces textes (la seconde moitié du XII e siècle, les premières branches), le système axiologique familial est formé, d’un côté, des normes marquées dans le code de l’honneur chevaleresque, si loué dans les chansons de gestes, par exemple, ou dans les lais d’amour ; de l’autre côté, des préceptes bibliques conformes au Nouveau Testament (les prédications de Jésus-Christ, par exemple, portant sur la famille et sur les rôles de ses membres) ou bien ceux issus de l’ Ancien Testament (le Livre des Proverbes ). Ici, lorsque Renart enseigne la ruse à son fils, Renardel, il apparaît comme un père mentor, mais ses leçons sont immorales, ce qui inverse les valeurs chevaleresques, met le code de l’honneur à rebours et les dogmes moraux de l’Église en dérision. C’est l’intention claire de moquerie, car ces scènes soulignent une certaine perversion des valeurs féodales, où la noblesse s’hérite, mais ici, c’est la fourberie qui se transmet. La famille de Renart agit comme un groupe au sein duquel il y a quatre types de relations : parentales, filiales, fraternelles et maritales. Chaque fois qu’il rentre à Maupertuis (le siège familial – un château médiéval à contreforts, décrit au détail dans la branche Ib), il est accueilli chaleureusement et vivement par Hermeline et les renardeaux, puisque, normalement, il apporte de la nourriture pour les siens. Parfois, au temps de sécheresse, de guerre, de malchance, d’hiver rigoureux, etc., Renart rentre les ‘mains’ vides et alors toute la famille se réunit pour crier famine en solidarité. Pourtant, les textes indiquent dans maints passages que la famille est riche : Renart a des biens à laisser en héritage à ses fils. Le fragment 7 de la branche Ib ( Le Siège de Maupertuis ) détaillant le 7 Notre étude va faire maintes références à ce passage, c’est pour cela que nous le donnons ci-dessous en entier : « Vous dites vrai, déclare Renart, il est juste qu’ils reçoivent leur part : mon château, qui jamais ne sera pris par un homme vivant, je le lègue à mon fils aîné, mes tours et mes autres forteresses, je les lègue à ma femme aux petits tétins ; et à mon autre fils, Percehaie, je laisse l’essart de Robert Fressaie si riche en souris et en rats qu’on ne trouve autant d’ici jusqu’à Arras ! Quant à mon fils, Renardel, le petit, je lui laisse l’essart de Martin Laiel ainsi que le jardin derrière sa grange, qui recèle mainte poule blanche : il y trouvera de quoi vivre en suffisance et je ne crois pas que la nourriture lui fasse défaut ; avec cela il arrivera bien à subvenir à ses besoins. Je ne sais pas quoi leur distribuer de plus. » (RR, 54).

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