Filiation protéiforme | 2026

171 Proscrit, j’avais ton âge : une histoire familiale. Le Roman de Renart sous la loupe de la filiation part. Dépendez-les bien vite et dites qu’on vous les a volés. […] voilà bien ce que vous devez dire ! Si vous dites par toute la rue que vous avez perdu cette viande, ni parents, ni amis ne vous en demanderont par la suite. » (RR, 833-834). On observe qu’il y a toujours un rapport discret entre ce que l’on fait et ce que l’on dit : c’est un stratagème. Les fils de Renart sont initiés aux ‘combinaisons’, parmi les plus efficaces, pour tromper les autres animaux ; c’est un arsenal d’astuces immorales, en fait, d’anti-valeurs transmises d’une génération à l’autre, qui contreviennent aux dogmes de l’Église, ceux derniers prêchés en vain, car infructueux. Dans l’épisode où Renart explique à ses fils comment duper le bon Noble, le Roi Lion, il enseigne concrètement une méthode d’arnaque : quand on voudrait tromper Noble, il faudrait se montrer humble et soumis, car, faisant cela, il va croire que l’on est un serviteur fidèle, puis on le frappe quand il s’y attend le moins ! C’est une véritable « école » de ruse familiale, un passeur de savoir-faire et de savoir-être, donc un chantier ouvert avec des travaux en cours, vu que le processus de formation est poursuivi plus tard, dans d’autres branches avec le même zèle. Cette scène illustre le modèle familial mais aussi la perpétuation d’un certain « art » de génération en génération. Dans le monde animal, la transmission du pouvoir est aussi absurde que la filiation : on hérite du droit de tromper, de voler ou de dominer. Passons aux relations entre les membres de la famille élargie, par l’épisode d’Isengrin et la mise en garde familiale. Dans certaines branches, Renart prend une posture paternelle en avertissant ses fils des dangers que représente le loup, souvent présenté comme son ennemi, mais aussi parfois comme une figure quasi « fraternelle » ou rivale : « Méfiez-vous d’Ysengrin, mes fils, car son courage est grand, mais sa bêtise le perdra. Ne vous laissez jamais prendre à ses pièges, car il ne connaît ni la ruse ni la prudence. » (RR, 429). Cette mise en garde souligne une sorte de filiation symbolique, où Renart prépare ses descendants aux conflits familiaux et sociaux. Renart et Isengrin – les éternels rivaux –, on les voit trouvés en complémentarité, car Isengrin, même souvent victime des ruses de Renart, cherche aussi à apprendre quelques-uns de ses trucs ou à l’imiter. C’est une relation plus complexe que les apparences : bien que, à première vue, ils se trouvent sur des positions adverses, en fait, l’oncle Isengrin apprend de son neveu, Renart. On s’attend à ce que le dernier soit l’apprenti du premier, mais le rapport est inversé comme le monde où ils agissent : à rebours. D’ailleurs, le message auctorial

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