Filiation protéiforme | 2026

185 La fiction à l’épreuve de la mémoire : intertextualité, biographie et héritage littéraire dans l’œuvre de Pierre Assouline la notion en l’intégrant dans le cadre plus vaste de la transtextualité, définie dans Palimpsestes (1982) à travers une typologie précise de cinq relations textuelles. Sa perspective est moins fondatrice que descriptive et systématique, articulant l’intertextualité à d’autres modalités comme l’hypertextualité, la métatextualité ou encore l’architextualité. À travers ce double horizon théorique – le principe global formulé par Kristeva et la classification opérée par Genette – se dessine une poétique palimpseste, où chaque texte se construit sur les strates d’autres textes, transformés, réécrits ou simplement convoqués par le jeu de la citation, de l’allusion ou de la paraphrase. C’est dans cet entrelacement, à la fois fondateur et typologique, que prend place l’analyse proposée ici. Chez Assouline, cette dynamique est d’autant plus manifeste que le texte se constitue souvent à partir d’un matériau préexistant : documents d’archives, correspondances, témoignages, biographies. La fiction naît alors d’un travail d’imprégnation, de remaniement et de recomposition, où le récit se double d’une méditation implicite sur l’histoire et ses représentations. Loin de cloisonner l’intertextualité à un registre purement littéraire, Assouline en étend l’usage à tous les domaines du savoir, inscrivant ainsi son écriture dans une tradition critique de la littérature contemporaine. La pertinence d’une approche transtextuelle dans l’analyse de l’œuvre assoulinienne se justifie d’autant plus que les formes de relation aux textes antérieurs y sont multiples et souvent combinées. Ainsi, l’intertextualité citationnelle – par le biais de citations directes, d’épigraphes ou d’allusions transparentes à des auteurs comme Balzac, Kafka ou Proust – cohabite avec une hypertextualité plus souterraine, qui réécrit ou transpose certains modèles narratifs dans un autre contexte. C’est le cas, par exemple, du roman Golem (2016), où la figure de Kafka devient un motif spectral autour duquel se reconstruit une fiction hantée par les incertitudes du XX e siècle. Le paratexte chez Assouline oriente également de manière décisive la lecture et la réception de ses œuvres. Dans Retour à Séfarad , la dédicace, l’épigraphe et la table des matières fragmentée inscrivent le récit dans un horizon identitaire et mémoriel, tandis que les « Reconnaissances de dettes » et la bibliographie finale en accentuent la dimension documentaire. De même, Lutetia s’ouvre et se clôt par un Prologue et un Épilogue, conférant au roman une allure quasi- historique, renforcée par les listes d’archives et de témoignages. Ces dispositifs, à la fois gages d’authenticité et stratégies de scénographie, traduisent une hybridité où se croisent l’autorité du chercheur et la liberté

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