Filiation protéiforme | 2026

192 Velimir MLADENOVIĆ 3. Mémoire, identité, judaïcité : le récit au prisme de la citation Retour à Séfarad (2018) et Vies de Job (2020) de Pierre Assouline sont deux textes unis par une même quête des origines – identitaires, culturelles et spirituelles. Bien que très différents dans leur forme – essai autobiographique pour le premier, méditation littéraire pour l’autre –, ils posent les mêmes questions sur l’héritage, la mémoire et la transmission. Dans Retour à Séfarad , Assouline part de la loi espagnole offrant la nationalité aux descendants des Juifs expulsés en 1492 pour entamer un retour symbolique en Espagne. Ce retour opéré par l’écriture prend tour à tour la forme d’une quête de lieu et d’une quête de figure. Il s’agit donc de revisiter une appartenance enfouie, d’interroger les silences de la généalogie par le prisme d’un territoire d’exil et de mémoire. Avec Vies de Job , le déplacement se fait vers une figure archétypale – celle de Job, incarnation de l’homme éprouvé, confronté à l’injustice et à l’énigme du mal. Ces deux textes, entre intime et universel, déploient une même dynamique du retour : retour à une mémoire occultée, à une parole empêchée, que l’écriture cherche à réinscrire dans le tissu du présent comme geste de réappropriation et de réparation symbolique. Dans Retour à Séfarad , Pierre Assouline met en place un récit mémoriel et identitaire où l’intertextualité, à la fois explicite et allusive, joue un rôle central. Elle ne constitue pas un simple ornement littéraire mais une véritable stratégie de positionnement à la croisière des traditions juive, française et espagnole. Le texte déploie un réseau dense de références littéraires, poétiques, musicales et historiques, participant à la reconstitution d’une identité séfarade à la fois imaginaire et revendiquée. On relève ainsi la présence explicite de poèmes de Luis Cernuda, en particulier « Pèlerin », qui offre une méditation poignante sur l’exil et le retour impossible, miroir de l’itinéraire de Pierre Assouline : « Ne pense pas rentrer,/ mais rester libre désormais,/ [...] sans Ithaque qui attende et sans Pénélope » (Assouline 2019, 35). Antonio Machado, Fray Luis de Leon, Pedro Salinas ou encore Federico Garcia Lorca, tous convoqués textuellement, inscrivent eux-aussi le récit dans un panthéon littéraire espagnol, comme pour revendiquer un héritage spirituel aussi légitime qu’effacé. Quant au poème de Lorca « La maison de Bernarda Alba », il résonne comme une mise en écho de la douleur enfouie des femmes

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