Filiation protéiforme | 2026

194 Velimir MLADENOVIĆ de son propre cheminement identitaire : « La remontada, c’est quand Barcelone remonte miraculeusement au score [...] Alors vous... » (Assouline 2019, 32). Ce dispositif intertextuel a une triple fonction : d’abord mémorielle, en réactivant une culture séfarade dispersée ; ensuite politique, en interrogeant les discours nationaux sur le retour, l’identité et la réparation ; enfin littéraire, en inscrivant le narrateur dans une lignée d’écrivains juifs européens hantés par la question des origines. Ce travail de réécriture érudit confère à Retour à Séfarad une densité qui dépasse le simple projet autobiographique : c’est un acte littéraire de remémoration, où la citation est à la fois preuve et poésie, allégorie et ancrage. Dans ce texte, Assouline cite aussi Torquemada 4 (1882), le drame peu connu de Victor Hugo pour souligner la permanence du traumatisme lié à l’Inquisition espagnole et à l’expulsion des Juifs en 1492. Cette intertextualité n’est ni décorative ni anecdotique, elle joue un rôle central dans la construction de la mémoire tragique que mobilise le récit. Cette référence met en relief l’image hugolienne du peuple juif comme porteur d’une mission spirituelle universelle, marchant dans les ténèbres de l’Histoire mais tendu vers la lumière divine. Elle prend tout son sens dans le cadre du retour séfarade : si l’Espagne contemporaine propose la nationalité, elle porte encore l’ombre de Torquemada, symbole de la persécution religieuse. En intégrant les extraits de Hugo dans son récit, Assouline inscrit explicitement sa démarche dans une filiation littéraire et historique. Il hérite de Hugo une vision morale et dramatique de l’Histoire : le théâtre devient ici une forme de témoignage sur la violence symbolique et sur la survie d’un peuple. Le recours à Torquemada , drame composé dans la phase ultime de la vie de Victor Hugo, constitue un choix hautement signifiant ; il s’agit d’un texte mémoriel et vindicatif, rarement porté à la scène, mais d’une indéniable puissance prophétique. Dans Vies de Job , Assouline recourt à une intertextualité citationnelle abondante et plurielle, mêlant textes bibliques, pensées philosophiques, extraits littéraires et propos d’écrivains. Ces citations explicites construisent un espace de réflexion où le discours sur Job 4 Torquemada est un drame en vers de Victor Hugo, qui dénonce avec véhémence les ravages de l’Inquisition espagnole et le fanatisme religieux, à travers la figure historique du Grand Inquisiteur Tomás de Torquemada, transformé ici en symbole de l’intolérance meurtrière.

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