Filiation protéiforme | 2026
202 Velimir MLADENOVIĆ Alors que les romans historiques d’Assouline scrutent la mémoire européenne du XX e siècle, L’annonce (2025) actualise cette interrogation dans un contexte israélien contemporain, où l’Histoire heurte de plein fouet l’intime. 5. L’annonce : un roman du retour et de la blessure historique Pierre Assouline inscrit son dernier roman – L’annonce (2025) – dans une tradition littéraire où les citations explicites, empruntées à d’autres œuvres, jouent un rôle fondamental. Il ne s’agit pas simplement d’effets de style ou de culture, mais d’un mode de pensée dialogique, où l’acte d’écriture s’appuie sur les mots d’autrui pour construire une parole à la fois singulière et réflexive. Le roman se déroule à deux périodes clés de l’histoire israélienne : la guerre du Kippour en 1973 et l’attaque du 7 octobre 2023. Le récit suit le parcours du narrateur, jeune volontaire français en 1973, et sa quête, cinquante ans plus tard, des traces de son passé et d’une femme aimée, Esther. Cet ancrage temporel double est essentiel pour comprendre la construction narrative et thématique du roman. Le roman s’ouvre sur une citation de David Grossman, qui sert d’épigraphe : « Tragiquement, Israël n’a pas réussi à guérir l’âme juive de sa blessure fondamentale, la sensation amère de ne pas se sentir chez soi dans le monde ». Cet extrait pose d’emblée le ton du déracinement existentiel et d’une blessure profondément ancrée au sein de l’âme juive, thème central exploré à travers les expériences du protagoniste en Israël. Plus tard, le narrateur se souvient comment Grossman a appris la mort de son fils Uri lors de la guerre du Liban en 2006, un officier lui ayant annoncé la nouvelle à sa porte au milieu de la nuit. La mise en exergue de Grossman en début de roman établit un cadre thématique de la blessure juive fondamentale. La mention ultérieure de la mort de son fils et du roman consacré à l’annonce du décès ne constitue pas une simple référence. Elle fonctionne comme une véritable mise en abyme, qui redouble et approfondit le motif central de l’œuvre d’Assouline : l’articulation entre l’intime et l’universel, entre l’expérience personnelle de la perte et sa transposition littéraire. Le fait que Grossman, écrivain israélien contemporain, ait personnellement vécu la perte d’un enfant au
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