Filiation protéiforme | 2026
203 La fiction à l’épreuve de la mémoire : intertextualité, biographie et héritage littéraire dans l’œuvre de Pierre Assouline combat et ait écrit sur le fait de « fuir l’annonce » crée un lien direct et poignant avec l’expérience d’Esther et du narrateur. Cela suggère que le traumatisme de la guerre et le fardeau de l’annonce de la mort sont des expériences récurrentes et quasi structurelles de l’existence israélienne, transcendant les générations et les conflits spécifiques (1973, 2006, 2023). Cela indique une cyclicité du traumatisme et de l’annonce, où l’histoire se répète et les expériences individuelles reflètent une souffrance collective. Assouline cite aussi Rainer Maria Rilke et sa Neuvième élégie : « Une fois chaque chose, seulement une fois » (2025, 159). Cet extrait souligne l’unicité et l’irremplaçabilité des expériences vécues, en particulier celles qui sont intenses et formatrices comme le volontariat en temps de guerre. Elle met en lumière la valeur singulière de chaque instant. La citation de Rilke met en évidence la nature irremplaçable et unique de chaque événement. Cela contraste fortement avec le thème récurrent de la cyclicité des guerres et des traumatismes en Israël (1973 contre 2023). Alors que l’histoire semble se répéter, l’expérience individuelle, même si elle s’inscrit dans un schéma plus large, conserve sa singularité et son intensité. Cette tension entre l’unique et le répétitif est au cœur de la réflexion du narrateur sur le sens de son engagement et de sa vie. Le narrateur reprend également une question de Paul Verlaine : « Qu’as-tu fait, ô toi que voilà / Pleurant sans cesse, / Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà, / De ta jeunesse ? » (Assouline 2025, 171) Cette auto-interrogation marque le retour du narrateur en Israël cinquante ans plus tard. Elle symbolise une profonde introspection sur le sens de sa vie et de ses choix passés, notamment ceux liés à son engagement de jeunesse. La question de Verlaine n’est pas seulement une réflexion personnelle sur une jeunesse perdue ; elle est le moteur du « pèlerinage » du narrateur en Israël. Elle transforme son retour en une quête existentielle pour comprendre l’impact de son passé sur son présent. L’intertextualité sert ici à universaliser cette question sur le temps qui passe et les chemins non empruntés, tout en l’ancrant dans le contexte spécifique d’une vie marquée par la guerre et l’engagement. On retrouve également une citation de Paul Celan : « La mort est un maître venu d’Allemagne » (Assouline 2025, 171). Cet extrait est invoqué par le narrateur pour décrire l’horreur de l’attaque du 7 octobre 2023, la comparant à une nouvelle manifestation du mal absolu. La citation de Celan est une référence directe à l’Holocauste et à la violence génocidaire. En l’appliquant à l’attaque du 7 octobre, le narrateur établit une continuité historique et symbolique entre la Shoah et le pogrom
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