Filiation protéiforme | 2026

204 Velimir MLADENOVIĆ contemporain. Cela suggère que la menace existentielle pour les Juifs n’a pas disparu avec la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais se manifeste sous de nouvelles formes, rendant le traumatisme historique permanent et toujours actuel pour les Israéliens. Dans L’Annonce , Victor Hugo est convoqué à travers les propos tirés du roman Les Misérables : « Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière » et « étonner la catastrophe » (Assouline 2025, 196). La première citation introduit une lueur d’espérance au cœur de la tragédie de l’annonce de la mort, tandis que la seconde, finalement rejetée par le narrateur du roman d’Assouline comme une formule trop simpliste, met en évidence la tension entre l’idéalisme romantique et la rudesse de l’engagement. Cette invocation de Hugo traduit la quête de sens et de dignité dans la souffrance, et aussi son rejet souligne la maturité acquise par l’expérience de la guerre : face à la brutalité du réel, les abstractions littéraires s’effacent, rappelant que certaines vérités ne se découvrent qu’à travers l’épreuve vécue. Le narrateur du roman L’Annonce compare son expérience à vingt ans à celle de Paul Nizan en 1926, qui ne supportait pas l’idée que ce soit « le plus bel âge de la vie » (Assouline 2025, 18). Cette comparaison permet au narrateur de réfléchir à la nature de la jeunesse et à la manière dont les expériences extrêmes (la guerre pour lui, l’engagement politique pour Nizan) peuvent façonner la perception du monde. La référence à Nizan établit un dialogue sur le sens de la jeunesse. Le narrateur, confronté à la guerre à vingt ans, est contraint de mûrir rapidement, en contraste avec la perception de Nizan. Cela suggère que les événements traumatisants peuvent accélérer une compréhension profonde de la vie, transformant l’insouciance de la jeunesse en une conscience aiguë des réalités existentielles. Malgré l’admiration autrefois portée aux Réflexions sur la question juive , une profonde déception s’exprime à l’égard de Jean-Paul Sartre, en particulier face à sa justification du massacre de Munich. Cette critique de Sartre révèle une évolution dans la pensée du narrateur, passant d’une adhésion intellectuelle à une confrontation avec les implications morales et politiques des idées, surtout dans un contexte de conflit : « Sartre, je lui en voulais à mort. C’est qu’il m’avait fasciné, l’intellectuel numero uno, par son refus de poursuivre une carrière universitaire et même de soutenir une thèse. Jusqu’à ce que l’on me

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