Filiation protéiforme | 2026
205 La fiction à l’épreuve de la mémoire : intertextualité, biographie et héritage littéraire dans l’œuvre de Pierre Assouline dessille sur ses séduisants paradoxes. D’abord il m’avait trompé, moi qui portais aux nues entre autres ses Réflexions sur la question juive ; son explication de l’antisémitisme selon laquelle le Juif n’existe que par le regard de l’antijuif m’avait semblé lumineuse avant de découvrir à quel point elle était fumeuse. Et puis, l’impardonnable, ce qu’il avait dit en 1972, sa justification du massacre des athlètes israéliens (tous des soldats, après tout !) par un commando palestinien aux olympiades de Munich, à savoir que le terrorisme est certes une arme terrible mais que les opprimés n’en ont pas d’autre… Exit ! Mais mon admiration pour un sartrien demeurait inentamée. » (Assouline 2025, 28). La déception envers Sartre est un point de rupture. Elle montre comment l’expérience vécue (la guerre, le terrorisme) peut remettre en question des figures intellectuelles vénérées et leurs théories. La justification par Sartre du massacre de Munich est perçue comme une faillite morale, soulignant la responsabilité des intellectuels dans l’interprétation des événements et la nécessité d’une éthique de la pensée. Conclusion L’étude menée montre que, dans l’œuvre de Pierre Assouline, la citation littéraire ne relève pas d’un geste décoratif, mais constitue une véritable matrice de sens. Son usage systématique révèle une poétique de la filiation, où mémoire, fiction et savoir se tissent en un palimpseste vivant. Pour en saisir toute la portée, il convient de classer les citations relevées dans le corpus selon plusieurs critères. Du point de vue des auteurs convoqués, l’éventail est large : Hugo, Proust, Balzac, Kafka, Rilke, Celan, Roth, Eliot, Verlaine, Mann, Tardieu, Gide. Ces voix inscrivent Assouline dans une généalogie polyphonique, où s’entrelacent maîtres du XIXᵉ siècle, modernistes du XXᵉ et écrivains contemporains. Quant aux origines culturelles, elles reflètent l’horizon pluriel de l’auteur : littérature française (Hugo, Proust, Valéry), allemande (Mann, Rilke, Celan), espagnole (Cernuda, Machado, Lorca), juive et biblique (Livre de Job, Talmud), ou encore contemporaine israélienne (Grossman). Ce réseau d’héritages multiples inscrit son écriture dans une tradition européenne et méditerranéenne ouverte, traversée par la mémoire juive. Les périodes littéraires convoquées couvrent un spectre allant du romantisme et du réalisme du XIXᵉ siècle (Hugo, Balzac, Verlaine) aux grandes voix du modernisme (Proust, Mann, Eliot), jusqu’aux écrivains et
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