Filiation protéiforme | 2026

213 L’écriture de soi au prisme des récits de filiation : l’autobiographie de Colette Fellous, entre dette et héritage part, il rappelle l’existence de la famille maternelle de Fellous à une époque bien déterminée ; d’autre part, il renvoie au goût raffiné de son grand-père qui a eu l’idée d’embellir la façade de l’immeuble par un bouquet fleuri taillé dans le roc. Un tel héritage ne peut s’estomper de sa mémoire et il lui procure un tel sentiment de fierté et d’appartenance de sorte que la narratrice du récit Quelques fleurs le considère comme le « Bouquet témoin » (QF, 54) de la petite et de la grande histoire : « Cet immeuble revient régulièrement dans mes nuits. Mon grand-père l’avait fait construire en 1923 ou 1924, au centre de Tunis, dans l’Avenue de Paris, à cet endroit qu’on appelle Le Passage. […] La chose insolite, c’est qu’il ait tenu à faire inscrire ces deux mots sur la façade, au dernier étage, gravés dans la pierre : MAISON FLEURIE […]. C’était son caprice, sa touche, son petit comme ça […]. Cet immeuble est toutefois resté ancré en moi, je ne savais pas qu’il pourrait m’aimanter à ce point. Il est ma peau. Il me raconte ce que je n’ai pas pu voir. Il est une maison que je dois fleurir et fleurir encore. Que je dois raconter et raconter encore, quitte à me répéter. » (QF, 53-54). Ainsi, à travers ces objets-reliques, et plus particulièrement la « Maison Fleurie », Colette Fellous fait de l’héritage grand-paternel le socle sensible de sa quête identitaire, prouvant combien la mémoire familiale peut devenir le terreau vivant où s’enracine toute une écriture de soi. 2. Le secret dévoilé Comme « […] le récit de filiation inverse la chronologie : on ne va plus d’un ancêtre à sa descendance, mais d’un héritier problématique et inquiet vers une ascendance » (Demanze 2008, 6), Colette Fellous pallie le manque de transmission en retraçant la trajectoire de son grand-père, notamment sa vie privée, limitée, qui permet de mieux comprendre le quotidien de sa famille ainsi que les réactions qu’il suscite. L’écrivaine décide donc de restituer les pièces manquantes de son puzzle. Cette décision provient entre autres du besoin d’« affronter le silence existentiel » (Demanze 2008, 98) dans lequel elle vit et de comprendre les conséquences qu’il a eu sur sa destinée puisqu’elle a quitté son chez-soi sans se poser de questions : « je ne savais pas encore

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