Filiation protéiforme | 2026
227 Au nom du Père ... Avec Rembrandt, Au-delà des collines , à la recherche de la pertinence du texte biblique, aujourd’hui d’accueil glacial, parcimonieusement accordé et indiquant l’agitation du frère aîné et l’étreinte profonde et pleine de joie du père. Quelque part, presque au même niveau que le frère aîné, mais dans la pénombre, deux personnages, deux serviteurs, sont représentés en train d’assister à la scène. L’un regarde avec un mépris non dissimulé, tandis que l’autre semble secouer la tête en murmurant des paroles peu flatteuses. Rembrandt capte cette attitude, dont les deux seront rapidement détournés par l’ordre impératif du maître : « Vite, apportez … » ( Luc 15 : 22). Et dans la zone la plus obscure du tableau, quelque part dans la partie supérieure gauche, on distingue difficilement un personnage féminin aux traits à peine esquissés, mais expressifs outre mesure. Serait-ce la mère ? Venant précipitamment de quelque part, les cheveux défaits, presque sans âge, elle aussi surprise, mais rayonnant de joie. Pourrait-elle être une allégorie de la joie, de la miséricorde, des retrouvailles ? Pourrait-elle être une synthèse de tout ce qui n’est pas visible, mais que Rembrandt parvient néanmoins à représenter ? Une représentation iconique des interstices dans la texture du tableau, que le spectateur est invité à remplir, tout comme le tableau lui-même se révèle une lecture du texte de Luc 15, dont les espaces blancs sont remplis par le peintre. Nous le voyons clairement, la composition du tableau est simple, et c’est précisément grâce à ce trait que l’impact visuel est si puissant, marquant la conscience. L’image devient, dans son ensemble, un symbole du retour chez soi, de l’existence humaine embrassée par la douceur divine, des faiblesses et des aspirations humaines trouvant guérison et repos dans la miséricorde de Dieu, dont le pardon apparaît, en fin de compte, comme une bénédiction divine. Et tout cela est figé en un seul instant, précisément au moment où la catharsis s’est déjà produite. Rembrandt ne se contente pas d’illustrer la parabole biblique de l’ Évangile selon Luc 15, mais invite à une nouvelle lecture, dans laquelle il se reflète lui-même. On retrouve Rembrandt dans le personnage du père, tout d’abord. Comme nous l’avons déjà noté, à l’automne 1668, l’artiste avait perdu son fils unique, Titus. Ses autres enfants étaient morts bien plus tôt, en bas âge. Rembrandt se reconnaît dans ce père, heureux qu’un de ses fils ait toujours été à ses côtés, et qu’à présent, voici que l’autre, l’errant, soit revenu à la maison. Il était vivant, lui aussi, et le père pouvait le prendre dans ses bras. Que pouvait-il désirer de plus ? C’est pourquoi le visage du père dans la toile de Rembrandt exprime
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