Filiation protéiforme | 2026

229 Au nom du Père ... Avec Rembrandt, Au-delà des collines , à la recherche de la pertinence du texte biblique, aujourd’hui à une multitude de lectures, de compréhensions, de significations 4 . Car, il faut l’admettre, on ne pardonne jamais de la même manière. Le pardon est un acte intime, personnel, dépendant de chaque individu et de chaque circonstance. L’une de nombreuses leçons possibles de ce tableau est que, si l’on doit pardonner soixante-dix fois sept fois, on le fera certainement de soixante-dix fois sept manières différentes. Ainsi, à la suite de Rembrandt, nous pouvons conclure que le tableau Le Retour du fils prodigue , tout comme le passage biblique extrait de l’ Évangile selon Luc 15, peuvent être lus et compris d’au moins soixante-dix fois sept façons différentes. 3. Solaris, Andreï Tarkovski (1972) Il est naturel que le tableau de Rembrandt ait été cité dans un nombre considérable d’œuvres d’art au fil du temps. Parfois, il apparaît dans des contextes inattendus, comme dans Solaris (1972) d’Andreï Tarkovski 5 . La séquence raconte le retour du personnage principal, Kris Kelvin, dans la maison de son père, après une longue errance interstellaire inscrite dans l’effort faustien de l’humanité pour conquérir et dominer, par la raison et la science, l’univers tout entier. Tarkovski réinterprète le tableau de Rembrandt dans un langage cinématographique et dans un contexte moderne, adapté à la situation des deux personnages du film. La mise en scène, le décor et les vêtements des personnages sont spécifiques à l’époque où se déroule l’action du film. Mais, chez Rembrandt, le décor et les costumes ne sont-ils pas également propres au XVIIᵉ siècle hollandais, et non au I er siècle de la Judée ? En outre, dans la séquence du film, les gestes, les postures corporelles et, plus généralement, tout ce qui relève du jeu non verbal des acteurs renvoient, sans ambiguïté, aux personnages de Rembrandt. La maison, sur les marches de laquelle se déroule la scène finale du film de Tarkovski, est une datcha russe. Comme on l’a déjà remarqué, la datcha représente, dans l’œuvre de Tarkovski, un chronotope : « Acasă, orice ar însemna acest lucru din punct de vedere spațial, este locul în care omul se întoarce la sine, către originile sale sacre, iar depărtarea de acest microunivers are consecințe fatale din 4 C’est, d’ailleurs, l’un des effets importants des représentations artistiques inspirées de textes bibliques. Voir Joynes 2009, 161-162. 5 Environ les six dernières minutes du film. La scène commence à 02:40:00. La séquence discutée commence à 02:45:00.

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=