Filiation protéiforme | 2026
230 Constantin JINGA punct de vedere spiritual. » 6 (Pătru, le 20 mars 2014). Quant au chien qui apparaît dans la scène cinématographique, il s’agit également d’un lieu commun tarkovskien, chargé d’une valeur symbolique. Mais dans ce cas précis, il est possible qu’il soit aussi inspiré par la gravure de Gustave Doré, où deux chiens, l’un blanc et l’autre noir, courent joyeusement à la rencontre du fils revenu chez lui 7 . Il est intéressant de souligner que la station planétaire, où se déroule la majeure partie de l’action du film, a des murs ornés de reproductions de peintures célèbres, et que certaines pièces contiennent plusieurs artefacts renvoyant à une mémoire ancestrale de l’humanité et à des conceptions philosophiques souvent présentes dans les dialogues entre les personnages. Ainsi, parmi les éléments du décor, on trouve une reproduction de la Vénus de Milo, puis une autre d’un buste représentant Socrate, et la caméra effectue des panoramiques ou des focalisations sur des reproductions, en particulier de tableaux de Pieter Bruegel l’Ancien. Tous ces éléments constituent un fécond paratexte, traçant une frontière permissive entre le tableau de Rembrandt, le film et le spectateur éventuel, de sorte que, par les interstices de cette ligne de démarcation, la subjectivité du récepteur puisse se filtrer sans cesse. L’une des raisons pour laquelle Tarkovski cite expressément ce tableau réside dans la nécessité d’éliminer la référence directe au texte biblique, problématique pour la censure soviétique dans les années 1960-70. En Union Soviétique, c’était précisément la période où Léonid Brejnev réinstaurait, bien que partiellement, certaines orientations staliniennes dans la politique intérieure. La valorisation d’une œuvre d’art universellement reconnue, pour contourner les rigueurs de la censure et faire ainsi indirectement référence à la Bible ou à un autre texte interdit, était une méthode fréquemment utilisée sous les dictatures communistes athées d’Europe de l’Est. Cependant, Tarkovski, tout comme Rembrandt, réécrit le texte biblique dans un langage différent, transcendant les circonstances politiques. Dans la séquence finale, Andreï Tarkovski utilise Le Retour du fils prodigue de Rembrandt principalement pour 6 « La maison, quoi que cela signifie spatialement puisse signifier en tant qu’espace ?, c’est le lieu où l’homme se replie vers ses tréfonds, retourne à ses origines sacrées, et l’éloignement de ce micro-univers a des conséquences fatales sur le plan spirituel. » [n.t.]. Pour une analyse détaillée, voir Dulgheru 2014, 92 et passim . 7 https://www.gutenberg.org/files/8710/8710-h/8710-h.htm#link075 (consulté le 21.12.2019).
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