Filiation protéiforme | 2026

233 Au nom du Père ... Avec Rembrandt, Au-delà des collines , à la recherche de la pertinence du texte biblique, aujourd’hui Les deux garçons sont, bien sûr, le frère aîné et le fils prodigue. Cependant, chez Andreï Zviaguintsev, le « frère aîné » est heureux du retour de son père, recherche sa compagnie, l’accueille, en un mot ; tandis que le « mauvais fils » reste toujours méfiant, exige des explications, défie et provoque. Il est évident que le vide laissé dans son âme par l’absence du père est une blessure difficile à guérir – et qui, d’ailleurs, ne pourra se refermer qu’à travers la mort du père. « Optica Paștelui constă în a trece prin moarte și a învia în privirea Celui care te iubeşte și te iartă. » 12 , affirme Marko Rupnik (1998, 98). Revenant à Solaris , nous constatons que la séquence finale du film de Tarkovski s’avère d’une complexité extraordinaire, car elle met en dialogue les idées du livre de Stanislaw Lem, à travers le tableau de Rembrandt et la parabole biblique de Luc 15. En réalité, tout au long du film, Kris Kelvin incarne ce fils prodigue aux tendances faustiennes. Kris Kelvin croit fermement au pouvoir de l’homme d’utiliser sa raison pour connaître, comprendre et maîtriser. En même temps, il se retrouve déconcerté face au mystère, dont il perçoit les vulnérabilités comme des imperfections, tout en en pressentant le sens et l’ouverture vers la communication. Ainsi, la confusion que Tarkovski met en évidence (qui est celui qui pardonne ? qui est celui qui est pardonné ?) souligne le drame des personnages. Le fils parti dans une aventure faustienne et le père resté à attendre dans un royaume suspendu deviennent des figures universelles, synthétisant et exprimant à la fois le drame profond du roman de Lem et la réalité que le retour et la réconciliation deviennent possibles, éternels et répétables, au-delà des frontières terrestres, au-delà des limites extérieures de l’humain, en plongeant dans les abîmes les plus profonds de l’homme, là où tout devient possible. En lisant le roman de Lem dans la perspective biblique ouverte par la parabole du fils prodigue, Tarkovski propose, en réalité, une méditation ontologique. Ainsi, le cercle vicieux trouve sa résolution. Le film de Tarkovski est, à son tour, une œuvre ouverte. Par exemple, c’est le spectateur qui décide, à la fin, si le retour de Kris Kelvin est réel (dans le contexte du film, bien sûr) ou s’il représente plutôt soit la projection des aspirations du personnage, resté lui aussi captif sur la station solarienne, soit une création de « l’océan », façonnée à partir des impressions les plus enfouies de Kelvin, mais sans comprendre ce que 12 « La perspective pascale consiste à passer par la mort et à ressusciter dans le regard de Celui qui t’aime et te pardonne » [n.t.].

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