Filiation protéiforme | 2026

235 Au nom du Père ... Avec Rembrandt, Au-delà des collines , à la recherche de la pertinence du texte biblique, aujourd’hui séquence retenue est une relecture en miroir du tableau Le Retour du fils prodigue de Rembrandt. Elle surprend un moment particulièrement tendu de la narration cinématographique : Alina refuse les exhortations des religieuses et les appels du prêtre à la repentance et à la prière, consciente d’être sans cesse rejetée. Elle vit dans un monde où il n’y a pas de place pour elle : ayant grandi dans un orphelinat, elle est contrainte par la loi de le quitter à dix-huit ans. Entrée dans une société opaque, sans alternatives, où des étiquettes lui sont imposées, l’existence ordinaire lui est refusée, même au niveau bureaucratique. Arrivée dans un monastère, Alina perçoit les règles de cet endroit par le prisme de sa propre expérience de vie. Les gestes des religieuses et du prêtre, aussi bienveillants soient-ils, sont interprétés par le personnage comme une accumulation de violences contre son être intime. C’est pourquoi, dans cette scène, Alina apparaît comme un animal traqué et acculé ; elle se jette dans les bras de Voichița, le seul refuge où elle espère trouver de la protection, de la miséricorde et du réconfort (le nom du personnage est à cet égard révélateur, car l’anthroponyme « Alina » en roumain renvoie au verbe « a alina », à savoir « caresser », « calmer »). Andrei Gorzo, Roxana Pavnotescu, Mircea Deacă et Claudia Cojocaru figurent parmi les rares critiques qui ont analysé attentivement Au-delà des collines ; ils ont souligné avec justesse que le film de Cristian Mungiu est loin d’être antireligieux ou anticlérical, comme il a malheureusement été perçu dans certains milieux 15 . Le film est une représentation de l’incapacité humaine à communiquer, du manque d’horizon et de l’opacité créée par l’hyper-codification et la rigidité de l’existence et des conceptions. L’exagération de certains actes et gestes finit par rendre l’œuvre de charité non pas impossible, mais dépourvue de sens. Cette remarque est valable pour tous les personnages du film (Gorzo 2012). Tous sont animés de bonnes intentions : médecins, policiers, travailleurs sociaux, visiteurs du monastère, religieuses et prêtre. Mais tous sont trop profondément ancrés dans des structures sociales, bureaucratiques, rituelles ou coutumières, sur lesquelles ils fondent leurs vies et projettent leurs espoirs. Ces structures deviennent pour chacun un écosystème total et clos, empêchant toute éclosion. Les relations entre les personnages sont réglées par des systèmes eux-mêmes absolutisés et hermétiques, bloquant toute intersubjectivité. 15 Voir Pavnotescu 2012, Cojocaru 2012, Deacă 2013.

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