Filiation protéiforme | 2026
243 Au nom du Père ... Avec Rembrandt, Au-delà des collines , à la recherche de la pertinence du texte biblique, aujourd’hui dans ce dernier cas, il ne reflète plus la réalité. Chez George et Sheridan, c’est plutôt la réalité biographique qui devient un miroir potentiel du texte. En d’autres termes, chaque réalité biographique peut être vue comme un reflet du texte biblique. Gerry Conlon, son père Giuseppe, l’activiste Gareth Peirce, la famille Maguire, et les amis de Gerry arrêtés et condamnés avec lui sont, tour à tour, des fils prodigues, des frères aînés et des pères pardonnants. Les rôles sont dynamiques et parfois se chevauchent. Il y a pourtant un personnage statique, sans évolution ni changement : c’est l’officier de police Robert Dixon. Il reste constant, enfermé dans ses certitudes, convaincu d’avoir défendu l’honneur d’un système judiciaire dont il incarne précisément les failles par son attitude immuable. À l’exception de Dixon, les autres protagonistes pourraient être perçus comme des reflets subjectifs et personnels de la dynamique de la parabole de Luc 15 . Dixon défend l’honneur d’un système, tandis que Giuseppe Conlon meurt en prison luttant pour prouver l’innocence de son fils. Gerry Conlon, quant à lui, consacre sa vie à la mémoire de son père, aboutissant à établir des changements significatifs et positifs dans le système que Robert Dixon cherchait à protéger. Au nom du père n’est pas un film religieux. Biblique non plus. Il ne prétend pas illustrer un texte sacré ni transposer une parabole biblique dans le contexte des troubles Nord-irlandais des années 1970. Ici, le texte biblique agit comme un produit de contraste, révélant la complexité des relations humaines, la profondeur du drame vécu par chaque personnage, et constitue l’arrière-plan psychologique et idéologique du film, tout comme l’échafaudage 22 sur lequel reposent les démarches menant à la vérité, à la liberté et à la restauration de la dignité humaine. Conclusion La parabole du fils prodigue a sans aucun doute connu, au fil du temps, de nombreuses reprises, réécritures, adaptations et représentations. Le fragment extrait de l’ Évangile selon Luc 15 : 17-32 est l’un des passages bibliques qui ont traversé différentes cultures. Reçu de manière spécifique dans divers contextes, il a dépassé les frontières des traditions religieuses et les limites des interprétations confessionnelles classiques. Il n’est donc pas surprenant que des spécialistes de l’exégèse biblique aient 22 Nous utilisons ce terme dans le sens établi par l’ouvrage de Gérard Genette (1994, passim ).
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=