Filiation protéiforme | 2026

244 Constantin JINGA proposé de déplacer l’accent vers le rôle joué par le père des deux fils et de la renommer « Parabole du père aimant/miséricordieux ». Pour Rembrandt, ce passage biblique est bien plus qu’une source d’inspiration, c’est un moyen grâce auquel l’artiste se redécouvre lui-même. En représentant le texte biblique dans un langage pictural, Rembrandt expérimente subjectivement la parole biblique et, ce faisant, il découvre progressivement l’histoire de sa propre vie. Andrei Tarkovski et Cristian Mungiu exploitent la disponibilité interprétative du tableau de Rembrandt et, implicitement, du texte biblique. Solaris prolonge le chef-d’œuvre de Rembrandt et transpose la parabole de Luc 15 : 17-32 dans un autre langage, celui du cinéma, aboutissant à une profonde méditation sur la condition humaine dans un monde dominé par la pensée nihiliste. Dans cet univers, le subjectivisme et l’imagination, apparemment libérés des contraintes religieuses, entraînent des réflexions portant sur des abîmes de la conscience d’où des archétypes universels et fondamentaux de la foi semblent émerger, à la manière de Jung presque. Dans le film Au-delà des collines , la parabole biblique devient un miroir qui reflète fidèlement les réalités fragmentées où les personnages vivent, ainsi que leur incapacité à se réunir dans une histoire homogène et porteuse de sens. Le film constitue également un scénario à rôle identitaire, délimiteur et défensif, derrière lequel l’homme cherche son Salut. Mais, lorsque le texte est assumé avec rigidité, il reste extérieur à toute lecture significative. Il devient une métaphore morte (Ricœur), mais il ne cesse point de révéler la vérité, reflétant le fait que la réalité du texte et celle du lecteur ne se croisent qu’à la surface et restent en dehors de la profondeur. Enfin, chez Jim Sheridan et Terry George, le texte biblique semble totalement absent. Pourtant, dans Au nom du père , la parabole de Luc 15 : 17-32 est présente dans sa trame, comme une réalité inébranlable, presque ubiquiste, comme une atmosphère. Dans ce cas, le texte n’est plus le miroir qui reflète objectivement le phénomène, mais il agit comme un liquide qui s’infiltre dans les fissures du miroir, dans les espaces fragmentés, dans les interstices de la réalité. L’histoire des personnages glisse à son tour, imperceptiblement, dans les structures du texte, et celui-ci devient la forme syntaxique à travers laquelle les événements révèlent leur sens. L’une des plus belles leçons de ces créations artistiques est que, dans le monde d’aujourd’hui, le texte biblique reste pertinent, car il fait partie de notre tissu, de notre ADN. Cependant, sa pertinence est

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