Filiation protéiforme | 2026
25 Rue Escalei – généalogie symbolique et filiation littéraire discrète, nappée de silence, comme toute autre déception vécue par les grands-parents. Ce changement de nom accidentel permettra d’ailleurs aux jeunes de connaître un autre destin et d’emprunter un chemin différent, moins cahoteux, dans le dédale de la société roumaine de la seconde moitié du XX e siècle. La façon dont la généalogie est construite dans Rue Escalei a donc une valeur symbolique, les petits-enfants des survivants de la Seconde Guerre mondiale héritant de l’histoire non officielle de toute la communauté. 2. La langue : le français sur la page, le roumain en creux Rue Escalei présente un portrait de la Roumanie très personnel et très éloigné de celui esquissé par les journaux télévisés. Il a été conçu en partie pour un lectorat multiculturel, avide d’en apprendre plus sur les années 1970 à Bucarest et sur la culture roumaine en général. D’ici vient le choix du français, langue qu’utilisent ceux qui font partie aujourd’hui de ma vie d’écrivaine et qui aimeraient en savoir plus sur mes racines et sur la ville qui m’a vue grandir. Mon propre apprentissage du français est en soi une (autre) histoire de filiation. Pendant mon adolescence, ma professeure préférée enseignait la littérature roumaine et le français. J’ai suivi son exemple et je suis devenue à mon tour étudiante en Lettres. Une bourse d’études m’a conduite vers une université du Québec où j’ai entamé une thèse en narratologie qui rassemblait un corpus issu des littératures francophones. Comme la rédaction du doctorat était parfois contraignante et un peu aride, à côté, sur des cahiers à grandes feuilles colorées, j’ai écrit dans un fouillis de roumain et de français mes journaux et des bribes de fiction. La langue de ces cahiers se trouve à mi-chemin entre celle de Molière et celle de Michel Tremblay, mais ses tours de phrase et son vocabulaire ne sont jamais loin de l’humour et des proverbes roumains. Quand le manuscrit de Rue Escalei a commencé à prendre forme, la question de la langue a surgi de nouveau. Pendant que nous préparions le tapuscrit pour la publication, mon éditrice et moi avons eu plusieurs discussions concernant le public cible, la présence des mots roumains dans le texte français et leur réception, les références gastronomiques,
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