Filiation protéiforme | 2026
27 Rue Escalei – généalogie symbolique et filiation littéraire faire un pied de nez aux critiques qui s’obstinaient à le confiner dans une case, mais aussi pour exprimer son amour pour cette culture et pour les haïkus qu’il utilisait lui-même dans certains chapitres. Pour Laferrière, l’écrivain se définit plus par sa bibliothèque que par la réalité géographique ou sociale de son pays natal. Sa position amplement soutenue par des exemples tirés des livres qui l’ont marqué, m’a fait réfléchir à ma propre filiation littéraire et à son caractère bigarré, parsemé par la lecture de pièces maîtresses roumaines, françaises, québécoises et bien d’autres. Étrangement, la richesse littéraire qui a nourri ma jeunesse dans la capitale roumaine a failli m’empêcher de prendre mon envol comme écrivaine. À Bucarest, chaque fois que je commençais à décrire un coin de la ville que j’aimais, j’avais la sensation de profaner ou de plagier une œuvre déjà existante. Je ne pouvais pas dépeindre le vieux centre-ville sans penser à Nicolae Filimon et à ses Ciocoii vechi și noi . Je ne pouvais pas flâner sur Calea Victoriei sans avoir en tête les personnages de Camil Petrescu. Il était impossible de me diriger vers Mărțișor sans entrer dans le royaume de Tudor Arghezi ou de me promener dans le quartier Floreasca sans passer devant la maison de George Călinescu. Pas d’arrêt à l’ombre dans la rue Mântuleasa pour ne pas déranger la sieste de Mircea Eliade, pas de journée aux Moși, à Obor, à cause d’Ion Luca Caragiale. J’ai dû oublier les alentours de l’ancienne bibliothèque universitaire pour ne pas alourdir les traces de Mihai Eminescu. Enfin, j’ai renoncé à réimaginer ma Colentina, le quartier où je suis née et où j’ai fréquenté l’école primaire ; Mircea Cărtărescu l’avait fait trop brillamment avant moi. Donc, j’ai couché sur papier une histoire sur le quartier Andronache, empruntant un sentier littéraire encore vierge. Mon intérêt pour l’écriture tire sa sève du terreau de la littérature roumaine sur lequel se sont greffées des influences françaises, québécoises et universelles. Je me rappelle mon admiration devant Tristan et Yseult , les balades de François Villon et l’humour de Molière lors de la première année d’université. J’ai été tourmentée par Les liaisons dangereuses de Laclos et par La peste de Camus. J’ai plongé dans la mise en abyme grâce à Gide et j’ai rêvé avec Proust avant d’explorer les limites de la narrativité avec l’Oulipo et le Nouveau Roman. Je dois à mon professeur de littérature comparée l’ouverture vers des géants comme Dante, Shakespeare ou Hesse. Mais plus que tout, je dois à Mircea Cărtărescu la découverte du postmodernisme et du réalisme magique. Dans son cours, il a facilité le contact avec le postmodernisme roumain et américain, avec Cartea milionarului et Cent ans de solitude , des courants et des œuvres
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