Filiation protéiforme | 2026

56 Andreea DOBRESCU une modalité de protéger ses enfants de cette souffrance du deuil. Dans sa tentative de protéger ses enfants, le père reste coincé dans le passé de la famille et ne surmonte pas ce traumatisme de la perte. En fin de compte, ce silence est à l’origine des troubles de transmission, devenus par la suite de véritables traumas héréditaires menaçant la filiation même et risquant de produire une rupture du lien filiatif. 2. Cas-limite de la filiation biologique : déclin et travail de réparation Pour évoluer, l’homme a besoin de s’identifier à mesure égale à sa mère et à son père ; le fils doit intégrer le triangle familial père – mère – fils qui remplace la relation dyadique mère-fils. En cas d’absence du père, le transfert d’identification de la mère au père ne se produit pas et le fils reste limité à la seule identification maternelle. Les rapports entre les époux et leur présence dans la vie de l’enfant sont des éléments décisifs dans le processus de la construction du Moi, qui repose sur le jeu de l’identique ou du miroir : les enfants ont la tendance de reproduire les (anti-)modèles comportementaux de leurs géniteurs. Or, dans le cas d’une parenté déficitaire, l’enfant éprouvera naturellement cette propension à répliquer le schéma de ses géniteurs. Pour reprendre les idées de Bruno Clavier, les « parents qui ne savent pas être parents » (2013, 78) engendrent des enfants qui, devenus parents à leur tour, ne sauront pas comment l’être, en raison d’une relation enfant-parent défaillante. Un mode de parenté inadéquat sera intériorisé inconsciemment par l’enfant qui, dans la plupart des cas, appliquera les mêmes principes que ceux de ses parents. Brodard et Reicherts expliquent cette tendance de l’individu à copier le schéma de ses parents dans le contexte où la première interaction humaine se produit au sein de la famille. En accord avec les théories de l’attachement et de l’apprentissage social, un style parental positif et engagé contribuera, entre autres, à cultiver des attitudes pro-sociales chez l’enfant et à réduire les frustrations et les oppositions, là où un style parental négatif conduira à l’apparition et à la persistance des troubles de comportement (2007, 102). Le corpus textuel que nous avons choisi illustre cette influence des parents sur leurs enfants, les premiers léguant aux seconds des schémas de comportement essentiels, le développement du descendant reposant sur deux étapes distinctes : d’une

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=