Filiation protéiforme | 2026
66 Andreea DOBRESCU du « fantôme transgénérationnel » du corps-crypte et, justement, la libération des traumas psychiques ? Par ce dernier geste restitutoire, le (petit-)fils accomplit les tâches inachevées (en nous rapportant à la théorie de Schützenberger) et clôt ainsi le deuil familial : lors de sa descente dans l’usine souterraine DORA, il prend un caillou qu’il déposera sur le Menez-Hom (le lieu où son grand-père avait l’habitude d’aller ensemble avec sa famille), en signe de pierre mortuaire et en guise de sépulture définitive à laquelle le grand-père avait droit. Par tous ces gestes, le narrateur incarne ce que Nathalie Zajde appelle un « enfant mandaté » qui ne peut « se soustraire à la fonction de réparation et d’annulation de deuil que lui confèrent ses parents » (1995, 140-141). Le silence de son père, le non-dit de la famille dictent au narrateur de prendre la parole ; ce sera tout d’abord une enquête et puis un livre qui représenteront son œuvre. « Écrire comme un travail de deuil » (PF, 34), c’est sa manière de parler, de faire le deuil du grand-père, de libérer les siens, de se libérer lui aussi de la hantise de ce passé troublant, de « ce manque originel de récit familial, [de] ce trou généalogique, [qui] aura fait de [lui] un écrivain. » (PF, 136). Conclusion Au terme de cette analyse, il ressort que le retour de la littérature contemporaine sur des thématiques complexes telles que la famille, les relations interfamiliales, l’identité et la quête de soi s’inscrit dans le contexte d’un siècle tourmenté par les violences de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que par de nombreux autres conflits politiques, instaurant un sentiment de solitude profonde : l’être humain abandonné face aux atrocités de la guerre, délaissé par les siens, seul avec lui-même. Or, dans cette perspective, le retour du sujet vers le passé historique et familial, à travers une (en)quête destinée à restituer les figures de l’ascendance, constitue une étape sine qua non du processus identitaire : le Moi est le produit de ses interactions avec les Autres, images diffractées, « autres moi-même » indispensables à la construction identitaire du sujet. En ce qui concerne la filiation biologique, comme nous l’avons vu, les figures masculines de la lignée occupent une place primordiale dans la généalogie, puisqu’elles sont les précurseurs et les transmetteurs de l’habitus familial et, par conséquent, de l’identité familiale elle-même, assurant ainsi la continuité du clan. Figures privilégiées de la filiation,
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