Filiation protéiforme | 2026

77 Père absent, identité fragmentée : quête de filiation et reconstruction de soi chez Annie Lulu et Véronique Tadjo Hélène, une jeune étudiante parisienne, aborde Kouadio Yao dans la cafétéria universitaire. Leurs conversations les conduisent rapidement à une relation amoureuse. Mais Hélène tombe enceinte par accident. Lorsqu’il apprend la nouvelle, Kouadio Yao se perçoit comme une victime : cette femme française lui dérobe son avenir ; cet enfant non désiré le détourne de ses plans. La cérémonie de mariage avec Hélène n’a rien d’une célébration de l’amour : elle se résume à quelques documents signés, manifestement en cachette et à la hâte, pour – on peut le deviner – éviter la mauvaise réputation liée à la conception d’un enfant hors mariage. Rentré chez lui, en Côte d’Ivoire, Kouadio Yao ne fait aucun effort pour embrasser, dans la mesure du possible, la culture occidentale dans laquelle son épouse avait été élevée. Si Hélène essaie de s’adapter à sa nouvelle vie, son mari joue le rôle de l’époux-chef de famille, exerçant son pouvoir au sein de son clan ; il a gardé les mêmes aspirations, les mêmes croyances, suit les mêmes coutumes que les aînés et fait preuve de rigidité idéologique, avant comme après le mariage. Leur relation ne repose sur aucune authenticité : incapables de l’approfondir, les deux partenaires se vivent mutuellement comme un piège. La relation entre KouadioYao et ses enfants est tout aussi complexe, fragmentée et révélatrice de secrets familiaux profondément enfouis. Nina a eu une relation affectueuse mais distante avec lui, marquée par l’exil, les silences et les non-dits. Gabrielle, sa sœur, s’est éloignée de la famille très tôt et ne revient pas pour l’enterrement de son père. Elle exprime ainsi une forme de rejet envers la filiation, les traditions et les secrets familiaux. Au fil du récit, Nina, travestie en détective malgré elle, découvre que son père a eu au moins quatre autres enfants avec différentes femmes, nés alors qu’il était marié à Hélène. Kouadio Yao a gardé le silence sur l’existence de ces enfants, même après la mort de sa femme. Il a préféré ainsi préserver une image de patriarche respectable, quitte à exclure certains de ses enfants de sa vie officielle. Nina, de retour en Côte d’Ivoire après de longues années passées en France et vouant une vraie admiration à son géniteur, est bouleversée par ces révélations. Rongé par la maladie, la solitude, les désillusions politiques et les pratiques occultes auxquelles il s’est livré dans l’espoir de retrouver sa puissance perdue, Kouadio Yao ne peut plus expliquer à Nina cette vie clandestine qu’il a menée à l’insu de sa famille officielle. Il meurt sans

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