Filiation protéiforme | 2026

80 Ioana MARCU interminablement les programmes télé. Je lui parlais toute ma douleur de n’être nulle part à ma place à cause de sa lubie d’avoir tiré un coup un soir avant de se faire la malle. » (MNGL, 16). Lorsque Nili interroge enfin sa mère, celle-ci réagit avec une violence extrême, révélant à quel point le passé est douloureux et enfoui. Elena, incapable de répondre, s’effondre, regrettant même d’avoir permis à Exaucé de reconnaître leur fille. Ce geste, pourtant porteur d’amour d’un père déchiré par la douleur causée par l’abandon involontaire de son enfant, devient le point de rupture entre mère et fille : « J’aurais jamais dû laisser cette pourriture te reconnaître, j’aurais dû te dire qu’il était mort et tu ne m’aurais pas foutu ma vie en l’air avec tes questions de merde . » (MNGL, 32) Ce refus de sa mère de parler du père aggrave le traumatisme de Nili, l’empêche de se réconcilier avec son histoire et renforce son isolement affectif. Ce n’est qu’en découvrant les lettres de son père, bien plus tard, lorsqu’elle arrive au Congo, que Nili comprend qu’il l’a aimée, qu’il a voulu être présent dans sa vie, mais qu’il en a été empêché non seulement par les pressions politiques et communautaires, mais aussi par Elena, qui a activement contribué à son éloignement. En refusant de parler de lui, en dissimulant son histoire et en réagissant avec une violence extrême aux questions de sa fille, Elena Abramovici a renforcé le silence autour de cette filiation, empêchant Nili de construire une image juste et apaisée de son père. De son côté, Véronique Tadjo met en scène une femme qui retourne en Côte d’Ivoire après le décès de son père. Ce retour, loin d’être un simple pèlerinage funéraire, est une confrontation avec les non-dits, les secrets et les blessures enfouies. Le père, bien que présent dans sa mémoire, est resté silencieux sur des pans entiers de sa vie. Lorsque Nina découvre les secrets de son père – les enfants cachés nés hors mariage, les dettes non réglées et ses visites répétées chez des marabouts – elle en est profondément bouleversée. Ces révélations provoquent chez elle une série de réactions émotionnelles complexes, mêlant choc, désillusion, colère, tristesse et remise en question. La révélation de l’existence de plusieurs frères et sœurs qu’elle ne connaît pas interloque Nina : « [elle] était tellement abasourdie […] Une chape de plomb scellait son cerveau » (LP, 93) Sa consternation s’amplifie lorsqu’elle apprend que les membres de la famille élargie étaient au courant de la double vie menée par son père :

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