Filiation protéiforme | 2026

87 Père absent, identité fragmentée : quête de filiation et reconstruction de soi chez Annie Lulu et Véronique Tadjo intime et irréfutable : malgré l’absence, malgré le silence, son père l’a aimée, cherchée, désirée. Ce document, à la fois simple et bouleversant, agit comme une preuve tangible de l’amour paternel, une trace écrite qui vient combler un vide affectif et réconcilier Nili avec une part d’elle-même. À travers cette lettre, elle accède non seulement à l’histoire de son père, mais aussi à sa propre histoire, réécrite à la lumière de cette tendresse retrouvée. Au cours d’un appel téléphonique marqué, une fois de plus, par la froideur de sa mère, Nili apprend que son père avait effectivement envoyé plusieurs lettres à Elena. Déterminée à en savoir plus, elle entreprend, sans se soucier des risques, une traversée du Congo, de Kinshasa jusqu’à Goma, pour récupérer ces documents inestimables, conservés par l’un de ses oncles. Ces lettres, qu’elle espère riches en révélations, pourraient lui fournir des éléments essentiels pour faire avancer son enquête identitaire et reconstituer le lien brisé avec son père. En effet, ces témoignages manuscrits lui révèlent l’amour qu’Exaucé avait éprouvé pour Elena, ainsi que l’affection profonde que ce père, qu’elle avait tant haï, lui portait en silence : « Maintenant que j’ai les lettres que mon père m’a écrites des années durant. J’ai ces lettres, dans l’écrin de ma conscience et si souvent ouvertes, entre les mains, ici à la maison, nous le savons toi et moi, que ton grand-père, eh bien, il était différent » (MNGL, 15). Dans Loin de mon père , le retour de la narratrice en Côte d’Ivoire prend la forme d’un pèlerinage imposé par le deuil. Nina se déplace dans les espaces symboliques de l’enfance et dans ceux qui ont appartenu à son père. Ce voyage s’inscrit dans une tension constante entre le désir de comprendre et la douleur de confronter les secrets familiaux. Nina vit à Paris au moment du récit. Elle semble avoir construit sa vie en dehors de la Côte d’Ivoire depuis longtemps. Son départ initial n’est pas détaillé comme un événement unique, mais il est sous-entendu qu’elle a quitté le pays pour poursuivre ses études ou sa carrière, encouragée par ses parents. Tadjo nous apprend qu’il s’agit non seulement d’un éloignement géographique, mais aussi émotionnel, car la narratrice a eu des rapports distants avec sa mère et une relation parfois conflictuelle avec son père. Kouadio Yao encourage cette absence de Nina en lui déconseillant de revenir dans le cocon familial à cause des violences qui ravagent le pays. La narratrice du roman Loin de mon père avait idéalisé le retour, pensant qu’elle pourrait simplement reprendre sa vie là où elle l’avait

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