Filiation protéiforme | 2026
88 Ioana MARCU laissée. Mais lorsqu’elle est obligée de regagner son pays de naissance pour assister à l’enterrement de son père, la réalité du pays, marqué par la guerre, les transformations sociales et, notamment, les secrets familiaux, la confronte à une perte de repères. Elle y découvre un double insoupçonné de son père – un homme engagé dans une vie parallèle, distincte de celle qu’elle connaissait, où il jouait le rôle du père aimant et du mari irréprochable. Dès son arrivée, Nina fait face à un espace chargé de mémoire. La chambre de son père devient un lieu de révélation. La narratrice y exhume des objets « parlants », capables de lui raconter un homme qu’elle croyait connaître, mais qui lui apparaît désormais comme un étranger familier. Elle y trouve d’abord des objets intimes de son père : lunettes, montre, porte-monnaie, vêtements encore suspendus, parfum reconnaissable – autant de traces d’une présence qui semble encore vivante. Elle tombe ensuite sur des albums de famille où elle découvre des photos manquantes, des souvenirs d’enfance, des images de sa sœur Gabrielle et des clichés de son père dans des contextes inconnus. Elle récupère aussi des lettres de demande d’aide, des témoignages de reconnaissance, des documents témoignant des dettes et des secrets, et un carnet autobiographique révélant une version édulcorée de la vie de son père, centrée sur ses réussites scolaires et professionnelles, mais silencieuse sur ses émotions et ses relations. Ce carnet est révélateur de ce qu’il choisit de dire et de taire, et montre une volonté de contrôle sur son image. Nina découvre enfin un livre ésotérique : La Sorcellerie et ses remèdes . Ce guide étrange, annoté et visiblement consulté, révèle que son père, malgré son statut de médecin et d’intellectuel, était profondément vulnérable, tiraillé entre rationalité et croyances traditionnelles. Cela contribue à la déconstruction du mythe paternel et à la prise de conscience de Nina : elle ne connaissait qu’une partie de lui. Dans sa tentative de reconstruire l’image de son père, Nina interroge aussi des membres de la famille et des amis. Hervé, l’un des premiers à l’accueillir à son arrivée à Abidjan, lui parle de la maladie de son père, de son refus de se faire soigner et de son isolement. Nyamké révèle une dette importante et une déception politique. Les tantes, quant à elles, confirment l’existence d’enfants cachés. Leurs révélations sont faites avec réticence, comme si elles faisaient partie d’un secret de famille que tout le monde connaissait, sauf Nina. Les tantes justifient leur silence en disant que c’était au père de parler et qu’elles ne voulaient pas ternir son image. Mais pour Nina, cette omerta familiale est une trahison.
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