Filiation protéiforme | 2026

97 H-être ou ne pas être : hantologie de la filiation dans Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo scène un « fils survivant » (TSVN 20) confronté à un héritage spectral, marqué par l’absence, la fragmentation et le silence. L’écrivain (le 25 mai 2021) formule cette condition filiale dans le concept d’« h-être », forgé à partir de la lettre h – « h de la honte, h de ce qui hante ». Par ce néologisme, il désigne un sujet contemporain défini par une mémoire traumatique qui empêche toute transmission continue et qui inscrit la filiation dans un entre-deux : celui du vivant et du spectral, de l’héritage et de la perte. L’objectif de cet article est d’analyser la figure du fils comme « h-être » dans Thésée, sa vie nouvelle , en montrant comment l’écriture toledienne articule deuil, spectralité et filiation suspendue. Nous avançons l’hypothèse que l’hantologie (Derrida 1993), loin de se limiter chez de Toledo à un décor spectral, constitue le mode même d’une filiation contemporaine – toujours fragmentée et cryptée, mais néanmoins porteuse d’une éthique de la lucidité. Dans cette perspective, nous proposons d’élargir la notion de filiation, comprise ici non pas dans son sens restreint (biologique ou juridique), mais dans une acception plus large qui englobe trois dimensions complémentaires et interdépendantes : (1) historique, lorsqu’elle relie l’intime au collectif – les catastrophes de l’Europe du XX(I) e siècle ; (2) familiale, lorsqu’elle inscrit chaque génération dans une chaîne de suicides, de silences et de transmissions cryptées ; et enfin (3) mythique ou intertextuelle, lorsqu’elle confronte, par la transtextualité (Genette 1982), le fils contemporain à l’ombre d’un héritage fondateur transformé. C’est l’examen de ces trois modalités de la filiation hantologique, palimpsestique et ouverte, qui constituera le fil conducteur de notre analyse. 1. Fondations spectrales Camille de Toledo construit un corpus artistico-littéraire qui se situe d’emblée dans une logique de hantise. Celui-ci se déploie à la croisée de plusieurs registres : écriture romanesque, essais théoriques et philosophiques, installations visuelles et interventions publiques. Cette transversalité souligne que son œuvre ne se limite pas à la littérature au sens strict, mais qu’elle relève d’un projet plus vaste, qui prend racine dans une expérience de filiation blessée, faite d’exils, de suicides et de silences. Le choix de son pseudonyme condense à lui seul une double dette mémorielle : « En reprenant le nom de ma grand-mère, Marguerite de Toledo, et le prénom d’un aïeul suicidé, Camille, j’ai jeté un grand trouble sur ma vie » (de Toledo le 27 novembre 2020). À travers cette

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