AGAPES FRANCOPHONES 2019
La fenêtre : un univers de l’entre-deux chez Hervé Bazin et Sylvie Germain _____________________________________________________________ 105 Conformément aux dictionnaires, jugée dans son acception dénotative, la fenêtre est définie par un sens le plus pragmatique, en tant qu’« ouverture pratiquée dans un mur, une paroi, pour faire pénétrer l’air et la lumière à l’intérieur d’un local, et normalement munie d’une fermeture vitrée. » 11 . D’ailleurs, les fonctions de la fenêtre, observe Andrea del Lungo, commencent par retracer les contours de l’objet dans son rôle primaire, celui de trou permettant l’éclairage de la maison et réalisant, dès la Renaissance, le passage du regard par le goût pour la contemplation, si récurrente chez les romantiques. La deuxième fonction se lie intimement au rôle d’observation, mais glissant, cette fois, vers le voyeurisme, ce que le théoricien appelle un « investissement libidinal de la fenêtre » 12 . Le symbole de la connaissance représente sa troisième valeur, pour que la dernière renvoie à une rupture symbolique entre le moi intime et la réalité sociale. En reprenant cette même grille, on va commencer, en ce qui suit, par une comparaison de la fenêtre en tant que présence récurrente dans l’œuvre des deux écrivains. Vu son rôle primordial de réceptacle de lumière chez Hervé Bazin, nous avons choisi de la séparer de la fonction d’observation, tellement représentative chez Hervé Bazin et Sylvie Germain, qu’elle mérite une analyse particulière dans un volet distinct. Le corpus choisi vise, du côté de Sylvie Germain deux romans : Tobie des marais et Opéra muet , ainsi que plusieurs œuvres d’Hervé Bazin, dont la trilogie Rezeau, L’huile sur le feu , Lève-toi et marche ou Un feu dévore un autre feu . 1. Réceptacle de lumière En partant de la première valeur attribuée par les dictionnaires, Hervé Bazin s’attache donc, dès son premier roman, à l’emploi de la fenêtre en tant que réceptacle de lumière. À ce sujet, on lit dans le roman Vipère au poing : « Le soleil entrait de biais par les fenêtres, qui sont orientées de telle sorte que ce phénomène ne peut se produire qu’aux jours les plus longs de l’année » 13 . Ainsi désignée afin de permettre l’éclairage d’une pièce, la fenêtre semble ne pas accomplir son rôle principal dans ce premier volet de la trilogie 11 Trésor informatisé de la langue française , s . v . « Fenêtre ». [En ligne]. URL : http://www.cnrtl.fr/lexicographie/fen%C3%AAtre (Consulté le 3.05.2018). 12 Andrea del Lungo, La fenêtre. Sémiologie et histoire de la représentation littéraire , Paris, Seuil, 2014, coll. « Poétique », p. 8. 13 Hervé Bazin, Vipère au poing , Paris, Bernard Grasset, 1948, p. 104.
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