AGAPES FRANCOPHONES 2019
Bianca-Livia BARTOȘ Université Babeş-Bolyai , Cluj-Napoca, Roumanie _____________________________________________________________ 106 bazinienne et la cause demeure immuable dans les années à venir : élevé par une mère qui s’empare de la haine comme pédagogie révolutionnaire, le protagoniste de l’histoire est censé subir à la longue les effets de sa technique dictatoriale. Pourtant, et cela mieux tard que jamais, ce sera au crépuscule de son activité littéraire et débarrassé de l’influence de sa mère qu’Hervé Bazin gratifiera son héros de l’avantage primordial de la lueur : « Il s’arrête pourtant : parce qu’un rayon de soleil, traversant la fenêtre, projette son ombre sur le sol. Privilège de vivant ! » 14 , raconte le narrateur du Démon de minuit . La prospérité, la chaleur et la vie même comblant les rayons de soleil feront que la fenêtre devienne, en fin de compte, un agent principal qui permet l’accomplissement de ce procédé suprême qu’est la réception de la lumière. Et alors si, tout en abolissant l’obscurité, la fenêtre permet la transgression de la lumière à travers le mur, elle peut aussi ouvrir les portes au regard. L’œil franchit, par conséquent, cette démarcation avec le monde extérieur, glissant vers la deuxième fonction de la fenêtre chez les deux auteurs : celle de la contemplation. 2. Regard et contemplation Conformément au Dictionnaire des symboles , dont les significations élargissent le champs de l’herméneutique, la notion de fenêtre ne s’éloigne pas beaucoup de son interprétation primitive, mais, tout en symbolisant la réceptivité, elle glisse vers deux directions possibles, confirme Jean Chevalier : « […] si elle est ronde, c’est une réceptivité de même nature que l’œil et de la conscience (puits de jour, œil de bœuf) ; si elle est carrée, c’est la réceptivité terrestre, à l’opposé des apports célestes. » 15 Si la fenêtre est un œil, confirme plus tard Andrea del Lungo, alors cela s’explique aussi par le fait que les vitres sont rondes et de petites dimensions 16 . D’ailleurs, assimilée au regard humain et aux filtres de la conscience, la fenêtre est souvent représentée en rond dans le roman bazinien, indentifiable pour la première fois dans le dernier roman de la trilogie Rezeau : 14 Hervé Bazin, Le démon de minuit , Paris, Bernard Grasset, 1988, p. 33. 15 Jean Chevalier, Dictionnaire des symboles , o . c ., s . v . « Fenêtre ». D’ailleurs, la forme de la fenêtre varie beaucoup à travers les siècles, en faisant l’objet de comparaisons diverses et de valeurs multiples. 16 Andrea del Lungo, op . cit ., p. 11.
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