AGAPES FRANCOPHONES 2019

La fenêtre : un univers de l’entre-deux chez Hervé Bazin et Sylvie Germain _____________________________________________________________ 109 demeure un solitaire dans son espace vianesque, se resserrant avec chaque brique effondrée et détruisant tout moyen de communiquer avec l’extérieur. Tellement dévouée à l’image de la fenêtre, dont les valeurs sont multiples dans ses romans, Sylvie Germain choisit même de lui dédier un chapitre de son Opéra muet , ainsi intitulé « Les fenêtres, là-bas », pour que l’intégralité de cette œuvre constitue, en réalité, un vrai épilogue. Pétrifié devant la fenêtre de son appartement et forcé de rediriger l’objectif de sa caméra métaphorique, le protagoniste du roman germanien s’attaque à l’observation des autres fenêtres, voire d’autres personnages, nettement plus éloignés de son viseur. De ce fait, ainsi désignée afin de permettre l’éclairage de la maison, la fenêtre est l’objet d’une comparaison par les nombreux avatars qu’elle incarne tout au long de l’ouvrage des deux écrivains. La fenêtre glisse, alors, de l’image d’une simple vitre – accomplissant son rôle primordial dans le quotidien – jusqu’au symbole des jumelles – expression de la soif pour l’observation et qui devient souvent même une raison d’exister. Il est à noter que, dans ces conditions et afin de mieux accomplir sa tâche quotidienne, Gabriel achète même des jumelles, acte qu’il ne conçoit pas en tant que sujet d’indiscrétion, sinon de « nécessité » ( OM , 73). Regarder par la fenêtre pour avoir ainsi accès aux conversations de la rue est aussi l’une des activités privilégiées de monsieur Godion dans L’église verte : « J’ai quitté ma chaise ; je me trouve planté devant la fenêtre » 26 , remarque le héros bazinien. Gratifié d’une santé physique, par rapport à Constance Orglaise de Lève-toi et marche , et trahi par son penchant pour les randonnées, il n’est, cette fois, qu’un observateur anonyme de la réalité sociale. Caractérisé par un esprit solitaire, le personnage contemple l’extérieur sans dévoiler sa présence. 4. Un « investissement libidinal de la fenêtre » De l’autre part, la fenêtre peut représenter aussi le passage de la sphère publique à l’univers intime, ce qu’Andrea del Lungo nommait un « investissement libidinal de la fenêtre ». À titre d’exemple, chez Hervé Bazin elle permet de transgresser cette frontière, souvent même sans le vouloir, ainsi tombant involontairement dans le voyeurisme. Afin d’exemplifier, on peut 26 Hervé Bazin, L’église verte , Paris, Seuil, 1981, p. 24.

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