AGAPES FRANCOPHONES 2019
La comparaison temporelle dans le roman À son image de Jérôme Ferrari _____________________________________________________________ 119 tragisme. Nous avons trouvé des explications pertinentes concernant ce mal à vivre le malheur chez Sigmund Freud, qui définit le deuil comme renoncement à un objet chéri, qui est mort, suivi par « la révolte compréhensible » que vit l’homme face à cette perte cruelle. Le psychanalyste explique comment la libido est obligée de renoncer à l’objet aimé et par conséquent à faire face et à se résigner à cette absence (Freud apud Ricœur, 87). Le prêtre avoue d’ailleurs que c’était la première fois qu’il eût pris part à l’enterrement d’une personne qu’il avait connue comme enfant et d’autant plus il lui était difficile de l’accepter. Henri Morier met en évidence les différences entre la comparaison et la métaphore, de sorte qu’on retienne très facilement les caractères de ces deux figures, présentées en contraste. Selon les théoriciens, la comparaison est une figure plus éloignée de l’intuition poétique, « une opération discursive pleine de bon sens et sans envol ni mystère » (Morier, 677), traits qui sont confirmés par la construction du roman de Jérôme Ferrari. Celle-ci témoigne d’une rationalité prononcée, d’une géométrie constante, où les expressions temporelles sont les éléments structurants du flux narratif, de vrais piliers sur lesquels se pose la logique de l’entier édifice. L’événement déclencheur de l’action du roman c’est les retrouvailles entre Antonia, la photographe qui sera le centre de l’œuvre littéraire, et Dragan, un ami qu’elle n’avait pas revu depuis dix ans et avec lequel elle avait fait connaissance pendant la guerre de Yougoslavie. C’est cette rencontre qui la fait tarder la nuit, jusqu’à l’aube et qui l’amènera à l’accident passé en Corse, sur les virages de la route d’Ostriconi. Il y a un narrateur sait-tout qui se situe en 2003 et qui raconte la tragédie d’Antonia à la suite de l’accident d’automobile perpétré un matin d’août en 2003. Pour ce narrateur, « maintenant » est le moment des funérailles, quand le corps mort de la femme est déposé dans la Cathédrale de Notre-Dame du Rosaire d’Ajaccio. La vision sur le présent (août 2003) est constante, du début à la fin du roman, alors que le passé est surpris dans des moments essentiels, pour que le contraste entre les deux plans soit d’autant plus poignant. Depuis l’incipit du roman, dédié aux retrouvailles entre Antonia et Dragan, nous avons constaté que la référence temporelle au passé était plus développée, construite de plusieurs éléments, qui donnaient des précisions sur le moment exact où
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